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Santé et action sociale

Mulhouse Alsace Agglomération (68) : «Agir pour ceux qui en ont le plus besoin et maintenir la cohésion des équipes et la communication interne»

Gouvernance en période de crise, continuité des services publics, solidarité et cohésion sociale, soutien au tissu économique : Le point avec Jean-Luc Humbert, directeur général des services de Mulhouse et de Mulhouse Alsace Agglomération.

 

Comment évolue la situation sanitaire sur votre territoire ?

Il est trop tôt pour parler d’amélioration mais depuis une semaine, nous connaissons une stabilisation des cas d’hospitalisation et des décès liés au coronavirus après une période de croissance continue qui nous a mis sous haute tension. Nous avons eu des agents malades et certains ont déploré des décès dans leur entourage familial immédiat ce qui a accru l’inquiétude ambiante. La situation de Mulhouse est particulière, le territoire ayant été le principal foyer de l’épidémie. Quand les mesures de confinement ont été prises le 17 mars, la propagation du virus à Mulhouse et dans les communes alentour était engagée, la situation était déjà grave.

Quelle gouvernance avez-vous adopté en période de crise ?

Une cellule de crise a été mise en place dans le cadre du Plan Communal de Sauvegarde de Mulhouse qui a été étendu à l’agglomération. Cette cellule est coprésidée par Michèle Lutz, maire de Mulhouse et Fabian Jordan, président de l’agglomération. En tant que directeur général des services, j’en assure la coordination.
Plusieurs groupes de travail ont été constitués pour assurer la continuité des services urbains (propreté urbaine, entretien des espaces verts, collecte des déchets) ; assurer la garde des enfants des personnels soignants en lien avec l’Education Nationale ; étudier le cadre juridique des décisions à prendre et sécuriser le fonctionnement des institutions ; prendre en charge les aspects liés au télétravail, à la visioconférence et au maintien en bon fonctionnement des ressources informatiques.
Un groupe est dédié aux ressources humaines, afin d’assurer le paiement des salaires et apporter des réponses aux questions des agents. Nous avons également un groupe qui planche sur les questions budgétaires et financières, enfin un autre sur les questions économiques qui travaille sur le fonds de solidarité Etat – Régions auquel les intercommunalités sont invitées à participer (Fonds de solidarité pour les TPE). Afin d’assurer la coordination avec les communes de l’agglomération, une newsletter est adressée à l’ensemble des maires pour les informer, diffuser des bonnes pratiques et des réunions sont organisées pour faire émerger des positions partagées.

Comment êtes-vous organisés pour assurer la continuité des services publics ?

Environ 250 salariés sont mobilisés pour assurer les services essentiels, Nous n’avons pas eu de difficultés pour trouver des volontaires même dans un fonctionnement en mode dégradé. Les agents sont mobilisés et prêts à assumer leurs missions.
Les personnels sollicités dès le début du confinement, dans les écoles et lieux d’accueil périscolaires ont demandé à être protégés, ce que nous avons pu assurer avec la fourniture de masques et gants dans les quinze premiers jours. La difficulté sera de tenir dans la durée. Nous fonctionnons en effectif réduit depuis le début de la crise car des agents sont malades tandis que d’autres doivent s’occuper de proches malades ou garder leurs enfants. Notre préoccupation actuelle est de préserver des équipes assez nombreuses et opérationnelles jusqu’au bout pour assurer les services essentiels à la population.

Pour cela, je suis particulièrement attentif à maintenir une forme de cohésion du personnel et à informer régulièrement nos 3 200 salariés : nous éditons une lettre hebdomadaire interne avec des reportages afin que les agents retenus chez eux soient tenus informés de ce qui se passe. Nous avons également un point hebdomadaire avec les organisations syndicales pour les tenir informées et leur donner la possibilité de nous faire remonter certaines situations. J’anime le comité de direction en visioconférence. Nous avons adopté le télétravail depuis deux ans, dans le cadre d’une expérimentation pilotée par les Ressources humaines. Avant la crise, cela concernait 50 à 60 télétravailleurs dotés d’un accès aux logiciels métiers et d’un accès à distance sécurisé. Là, nous avons été obligé d’étendre le télétravail à 850 salariés du jour au lendemain donc ils n’ont pas encore accès à tous les logiciels métiers.
Il est important de communiquer avec les agents afin que chacun puisse partager le sentiment d’appartenir à une collectivité qui essaie d’agir pour maintenir le service aux habitants et aider ceux qui en ont besoin : les plus fragiles sont les plus touchés par les conséquences du confinement, qui perturbe par exemple la distribution de produits alimentaires ou la prise de rendez-vous avec les Centres communaux d’action sociale. Actuellement, beaucoup de choses se font via internet, ce qui renforce le sentiment d’isolement de certaines personnes fragiles.

Quelles initiatives ont été prises en matière de solidarité et de cohésion sociale ?

Les communes de l’agglomération ont déployé tout un panel d’initiatives solidaires telles que le portage des repas (par exemple Lutterbach). La ville de Mulhouse a mis à disposition des agents auprès de la Banque alimentaire : ils se sont portés volontaires pour effectuer la distribution de denrées alimentaires car les bénévoles de l’association sont souvent des personnes âgées qui ne pouvaient pas s’exposer à l’épidémie.

Quel appui apportez-vous au tissu économique ?

Nous avons acté la suspension des loyers et de charges locatives pour les entreprises hébergées par l’agglomération, notamment dans les hôtels d’entreprises. Nous avons décidé de contribuer au fonds de solidarité Etat-Région à hauteur de 2 euros par habitant, ce qui représente 600 000 € dédiés aux entreprises et associations qui ne pourraient bénéficier des aides déjà prévues par l’État.
Au-delà des mesures d’urgence, le vice-président à l’économie anime un comité de pilotage avec la CCI, la CCAM, les principales fédérations du BTP… pour se tenir informés, remonter les difficultés et préparer la suite. Ce comité a acté l’accélération du paiement des factures dans le cadre de marchés publics, la révision des plannings sans pénalité de retard, la mise en place d’un guichet unique et d’un référent pour les entreprises au sein de M2A,…
Enfin, nous avons un ensemble de marchés en cours qui concernent des ouvrages publics ou parapublics dont les chantiers sont interrompus, la plupart du temps sur décision des entreprises. Certaines sont prêtes à reprendre, nous y sommes favorables, il faut voir dans quelles conditions de sécurité cela peut s’envisager.

 

Interview réalisée par Sébastien Bayette/AdCF.

Contact : s.bayette@adcf.asso.fr
 

Accéder à l'ensemble des témoignages, retour d'expériences des intercommunalités durant la crise : https://www.adcf.org/retour-experience-durant-la-crise 

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