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Développement économique

Maintenir et renforcer le tissu industriel en milieu urbain, l’ambition du Grand Orly Seine Bièvre

Soutenir les activités productives en milieu urbain dense, c’est assurer une solide base économique pour son territoire, pour affronter et dépasser les freins liés à la pression foncière et aux différentes réglementations urbanistiques, environnementales et sécuritaires, qui régissent les activités industrielles présentes dans les villes. L'Observatoire des territoires d’industrie s’est intéressé aux raisons et moyens liés à ce projet résultant d’un équilibre à inventer ; entre développement économique et vocation résidentielle.

L’AdCF revient sur le sixième séminaire de l'observatoire des Territoires d'Industrie organisé par la Fabrique de l’Industrie le 29 janvier qui était consacré à « l’industrie dans la ville ». Est intervenue à cette occasion Muyinat Ogboye-Vazieux, cheffe de projet Territoire d'industrie au sein de la direction du développement économique de l'Établissement Public Territorial (EPT) du Grand-Orly Seine Bièvre, un des douze territoires de la Métropole du Grand Paris.

Dans le contexte francilien de surchauffe foncière, les élus et développeurs économiques du territoire soulignent la nécessité d’une politique intercommunale de soutien des entreprises industrielles tant dans leurs stratégies foncières qu’en matière d’innovation, de recrutement et d’attractivité. Pour rappel, les EPT sont les intercommunalités de proximité qui, au sein de la métropole du Grand Paris, exercent les compétences opérationnelles d’aménagement de l’espace, d’urbanisme, de collecte des déchets, de gestion de l’eau et de l’assainissement, des équipements culturels et sportifs.

Le soutien de l’EPT Grand-Orly Seine Bièvre s’explique par le fait que les activités industrielles sont à l’origine d’emplois diversifiés et qualifiés. Par ailleurs, le territoire bénéficie d’infrastructures majeures : aéroport Paris Orly, marché d'intérêt national (MIN) de Rungis (marché international), port fluvial, autoroutes… Enfin, il accueille plusieurs champions industriels français : Semaris, Air France Industries KLM Engineering & Maintenance, Sanofi, Air liquide, Thalès, Renault-Choisy (réparation de moteurs), Renault Sport Racing (Viry Chatillon). Il s’agit par conséquent de « faire avec l’existant », de capitaliser sur cette base et la rapprocher des pôles de transport, des activités de recherche... pour esquisser une industrie plus durable car plus proche des centres de vie.

Sa démarche est révélatrice du programme puisque le territoire n’est pas parti d’une feuille blanche, mais s’est fondé sur son Manifeste pour un Territoire Industriel et Productif, élaboré en 2018 avec 50 acteurs économiques locaux. Cette gouvernance a permis de rassembler autour d’une même table les principaux interlocuteurs industriels et d’être réactif lors de la mise en place de l’initiative Territoires d’Industrie et des binômes élus intercommunaux - industriels. L’intercommunalité a ainsi fait partie de la vingtaine de territoires pilotes et soutient d’ores et déjà les chaînes de valeur industrielles locales au sens large ; en amont dans les fonctions de conception et production, ainsi qu’en aval dans les activités de fret, d’économie circulaire... Avec l'implication d'un groupe leader, implanté dans le territoire : Air France Industries KLM Engineering & Maintenance (qui occupe le deuxième rang mondial parmi les acteurs multiproduits, grâce à un chiffre d’affaires tiers de l’ordre de 1,2 milliard d’euros).

Faire coexister fonctions productives et fonctions résidentielles

Selon une étude de la CCI Paris Île-de-France, l’accueil des activités productives à l'échelle régionale implique des besoins en immobilier d’environ 1,7 million de mètres-carrés par an, dont deux tiers nécessitent de la construction neuve, actuellement non satisfaits du fait de la réticence des bâtisseurs à s’orienter vers l’industrie (faible connaissance du secteur industriel, peur des aléas économiques des TPE/PME locataires). A ce besoin quantitatif s’ajoutent des contraintes qualitatives liées aux nouvelles activités 4.0 (numérique, Fablab) et écologiques (mutualisation et réutilisation des flux et des ressources fatales), qui impliquent des nouveaux besoins d’immobiliers hybrides et compacts. Les 10 gares du métro Grand Paris Express prochainement implantées sur le territoire risquent de renforcer les concurences et conflits d'usage entre activités productives et fonctions résidentielles. Sur les 2,7 millions de m2 inscrits dans le cadre de la programmation économique du territoire, 700 000 ont une vocation productive.

De fait, la colletivité fait preuve d'un fort volontarisme pour offrir des produits immobiliers adaptés à l’accueil d’activités productives en milieu dense, avec l'obligation de prendre en compte de multiples contraintes réglementaires quant aux zonages PPRT, aux hauteurs acceptées (risque incendie), et aux normes environnementales. Il s’agit d’innover sur les formes archirecturales et urbaines avec de la verticalité (intensification de l'activité sur plusieurs niveaux), mais aussi sur le montage opérationnel afin de rendre économiquement et techniquement possibles les projets immobiliers industriels. Ces montages opérationnels passent par exemple par un système de garantie locative contre la vacance des locaux à destination des investisseurs afin de sortir de l’immobilier en blanc. Via ce dispositif l’EPT prendrait en charge prend en charge le coût de la prime d’assurance, et en cas de non-commercialisation l’assureur verse 80% du montant des loyers perdus, pendant 18 mois au maximum. Néanmoins, la mise en œuvre de ce dispositif par l’EPT ne pourra se faire que par le recours au droit à l’expérimentation. En effet, les compétences actuelles du Territoire ne permettent pas de mobiliser un tel outil. L’action est ainsi inscrite dans le plan d’action Territoire d’industrie du Grand-Orly Seine Bièvre. De fait, en raison de la complexité de ce type de projets, le territoire est engagé depuis plusieurs années dans une démarche de programmation urbaine pour évaluer sa faisabilité opérationnelle en essayant de lever les différents freins à la production d'immobilier productifs. Pascal Girod, directeur du développement économique de Grand Orly Seine Bièvre, avait eu l'occasion d'en témoigner en octobre 2017 lors de la convention nationale de l'AdCF à Nantes dans le cadre d'un atelier sur les sites d'activité et l'immobilier d'enteprise (retrouver sa présentation, à télécharger ici);

Cette réflexion trouve un prolongement à l’échelle de la MGP à travers différentes démarches collaboratives initiées par le Grand-Orly Seine Bièvre : travail à l’élaboration d’un Livre blanc, d’une boite à outils à destination des collectivités, aménageurs sur les montages permettant la sortie d’immobilier productif en milieu urbain dense avec 4 Territoires (ville de Paris, EPT Plaine Commune, EPT Est Ensemble, EPT Grand Paris Sud Est Avenir) ; animation d’un atelier permanent immobilier productif – Arc de l’Innovation (lieu d’échanges et de partage d’expertises pour les Territoires confrontés aux problématiques de maintien et de développement des activités productives en milieu urbain dense)

Une nouvelle ingénierie industrielle

De fait, la dimension partenariale et une forte structuration de la gouvernance industrielle (Manifeste des 50) sont essentielles pour porter les différentes actions : les actions de GPECT nécessitent une mise en cohérence des différentes actions, à la fois de formation et d’animation menées par les différents acteurs (Région, EPT, Pôle Emploi.). Territoires d’industrie a ainsi permis de « trouver le bon interlocuteur » et de faciliter la discussion entre les différentes parties prenantes, voire de structurer de nouveaux réseaux à l’instar d’un groupe de travail Foncier industrielle spécifique à l’Ile-de-France, faisant suite au groupe national piloté par l’AdCF et la Délégation Territoires d’industrie (ou encore un Club des entreprises industrielles en partenariat avec la CCI Val de Marne). Territoires d’industrie développe une nouvelle ingénierie industrielle avec l’appui des opérateurs de l’État (la Banque des territoires mobilise ainsi 500 millions d’euros de crédits d’ingénierie) et de nouveaux réseaux sur la base d’un rapprochement des acteurs et contrats existants (Contrats de transition écologique, Territoires d’innovation)… Des réflexions se poursuivent pour une gouvernance unifiée de ces dispositifs.

En termes d’avancées, la GPECT et le financement d’études sont des opérations rapides. En parallèle, nombre de fiches actions portées par les entreprises mobilisent les crédits de droit commun. Enfin, les droits à l'expérimentation prennent davantage de temps, et sont discutés au plus haut niveau avec le gouvernement. Ces expérimentations industrielles, et d’autres modes d’intervention industrielle en milieu urbain seront abordés dans le Club des Agglos organisé par l’AdCF sur la Ville Fabricante du 12 mars 2020. Le prochain séminaire de la Fabrique de l’Industrie du 25 février portera quant à lui sur le Territoire d’Industrie Dieppe Côte d'Albâtre.

 

Changer de lunettes, un impératif pour percevoir le poids socio-économique de l’industrie métropolitaine

Grand Orly Seine Bièvre est un territoire industriel intégré au Grand Paris qui a été indentifié par le programme Territoires d'industrie. Si les 146 Territoires d’industrie tendent à se situer majoritairement en dehors des métropoles... ils n’en disparaissent pas dans les faits. L’Ile-de-France, avec 460 000 emplois industriels, est la 2ème région industrielle française. D’après une étude menée par l’Observatoire des territoires d’industrie,  2,3 millions d’emplois sur 3,3 millions d’emplois industriels sont situés dans des pôles urbains, mais de toute taille. Dans les plus grands pôles urbains, dans des bassins supérieurs à 10 000 emplois, l’industrie reste importante si l’on raisonne en valeur absolue. Toutefois, de façon relative, elle demeure peu visible par rapport aux services, notamment d’un point de vue statistique.
En l'occurrence, le territoire d’industrie du GOSB constitue l’un des 11 EPT, situé au sud de Paris. Il rassemble 24 communes sur deux départements, le Val de Marne et l'Essonne. Sur ce territoire se trouvent 1800 établissements industriels au sens de l’INSEE. Toutefois, ce chiffre est loin de refléter la réalité des activités présentes. Selon Gilles Crague, chercheur au CIRED et à l’Ecole des Ponts ParisTech, 20 000 établissements mènent des activités productives si l’on va au-delà du simple code NAF (à titre d’exemple, les statistiques considèrent la R&D comme une activité purement servicielle). La recherche de Gilles Crague dans le territoire s'inscrit dans le cadre d’une convention entre l’EPT Grand-Orly Seine Bièvre et l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussés sur la redéfinition du champ des activités industrielles.
En termes d’emploi, 17 000 emplois industriels se situent sur le territoire. Ces emplois ont diminué de près d’un tiers entre 2006 et 2016, et représentent en théorie 6% de l’emploi total du territoire, contre 8% en Ile-de-France et 12% au niveau national. Or, en adoptant une définition NAD élargie, les emplois industriels élargis représentent 50 000 emplois, répartis dans plusieurs clusters (matériaux, sols, mécatroniques, caoutchouc, aéronautique). Plus encore, en croisant code NAF et PCS, on distingue un profil sociologique moins éloigné entre le Grand Orly Seine Bièvre et le niveau national : 30% d’ouvriers au niveau intercommunal contre 42% contre le profil français. En d’autres termes, le code NAF représente mal la réalité industrielle : 64% des ouvriers travaillent dans le commerce, les transports ou les services, et sont donc sous-représentés, nécessitant par là même une nouvelle catégorisation pour les activités productives et techniques intégrées dans les entités administratives ou commerciales.
En intégrant les services associés, l’industrie est importante de façon absolue, malgré un poids apparent des services supérieur.

Selon Nadine Levratto, directrice de recherche au CNRS, il faut adopter une vision élargie du secteur productif. La « base compétitive », en raison des opérations d’externalisation, des activités de transports, de recherche, et de conception menées, dépasse les simples emplois et établissements industriels comptabilisés.

Pour en savoir plus, voir les travaux conduits pour l'AdCF et l'Institut Caisse des Dépôts pour la recherche, par Denis Carré et Nadine Levratto "Les entreprises du secteur compétitif dans les territoires. Les déterminants de la croissance."

 

Contacts AdCF : o.crepin@adcf.asso.fr & l.chevrier@adcf.asso.fr & e.lebot@adcf.asso.fr

 

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