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L'Écologie industrielle territoriale au coeur des stratégies de développement économique

Écologie industrielle, économie circulaire, essor des énergies décarbonées, intérêt croissant pour les solutions hydrogènes, rapprochement entre les programmes Territoires d’industrie et CTE… de nombreuses intercommunalités accompagnent la transformation de l’industrie comme levier de transition écologique. L’AdCF et l’Ecole d’urbanisme de Paris, en partenariat avec CCI France, ont co-organisé le jeudi 19 septembre une rencontre consacrée à ce sujet.

La rencontre du 19 septembre, parallèle aux travaux engagés par le groupe de travail AdCF-CGET sur la revitalisation des friches industrielles, a permis de montrer l'avancement de plusieurs territoires d’Industrie en matière de réutilisation des ressources, d’innovations industrielles, de maîtrise de l’énergie, de séquestration du carbone... Les 140 participants de la journée, accueillie par CCI France et son vice-président, ont pu confronter des démarches très concrètes d’écologie industrielle et d’économie circulaire, tout en soulignant les prérequis de telles ambitions et l’enjeu de définir des modèles économiques adaptés. Depuis maintenant cinq ans environ, chacun constate la montée en puissance de problématiques à l'agenda des politiques publiques comme l'a reconnu lors de cette journée Olivier Lluansi, délégué aux Territoires d'industrie. Cette journée comportait une dimension exploratoire avec un retour sur les enseignements de l'atelier du Master Urbanisme et aménagement de l'Ecole d'Urbanisme de Paris à travers le témoignage des étudiants du parcours développement urbain intégré, atelier qui avait pour terrain la communauté urbaine de Dunkerque.

Ont aussi été abordées plusieurs stratégies industrielles en matière de production hydrogène, de dépollution naturelle, et de modernisation des sites d’activités, révélant la mobilisation croissante des intercommunalités dans la dynamisation des filières d’avenir. Ces témoignages donneront prochainement lieu à une publication plus complète « Territoires d’Industrie, un levier de transition écologique intercommunal » mettant en exergue les synergies entre territoires, industrie, et transformation des modes de production. 8 intercommunalités ont témoigné de leurs stratégies d’écologie industrielle.

Une première analyse des fiches actions Territoires d'industrie transmises par les intercommunalités aux Régions montre de très nombreux projets associent les programmes les Territoires d’Industrie et les Contrats de Transition écologique. Trop souvent perçue sous l’angle « punitif » (taxations et réglementations environnementales), la décarbonation des modes de production esquisse pourtant un renouveau des activités productives, basée sur des stratégies industrielles qui capitalisent sur les technologies et compétences présentes dans les tissus économiques locaux. Comme l’a souligné Gilles Crague, chercheur au CIRED et à l’école des Ponts ParisTech : « Soutenir et développer l’industrie consiste en maintenir des établissement industriels et leur savoir faire. Pour les maintenir sur place, il faut les aider à se transformer, autours des enjeux de durabilité, en reconnectant industrie, territoire, et transition écologique ».

Plusieurs intercommunalités, dont les communautés urbaines de Dunkerque et du Grand Dole décrivent ces deux ambitions comme les deux faces d’un même projet de développement, en l'occurrence centré sur l'économie circulaire et l’énergie hydrogène. Sont par exemple évoqués des projets de flottes de bornes, de vélos, de bus, voire de trains à l’hydrogène, d’autant plus intéressants pour les territoires qu’ils constituent des perspectives de développement économique, mais aussi des solutions de mobilité d’avenir.

Des projets industriels collaboratifs en voie d’émergence

La sélection le 13 septembre dernier de 24 lauréats de l’appel à projets « Territoires d'innovation », parmi lesquels 20 sont Territoires d’industrie pourrait accélérer ces initiatives. Comme l’a souligné Rizlane Bibaoui, directrice général adjointe de la CUD, le déblocage de 40 millions d’euros de financements publics est essentiel pour la mobilisation des acteurs locaux, publics et privés : ceux-ci vont désormais lever 300 millions d’euros pour les réalisations des projets communautaires de réutilisation des émissions de C02 dans le cadre de nouveaux procédés de production de gazéification de liquides et de méthanation (conversion en méthane du monoxyde ou dioxyde de carbone).

En tant que maîtres d’ouvrage exclusifs des zones d’activités et initiatrices de projets collaboratifs, les intercommunalités jouent un rôle croissant pour déployer des solutions industrielles sur les sites d’activité économique, ceux-ci constituant de véritables « laboratoires ». Avec pour objectif de créer de nouvelles valeurs ajoutées et d’usage sur ces sites d’activités : nouvelles mutualisations de flux (logistique, matière, énergie), ressources et services supports aux salariés (restauration d’entreprises, crèches, mobilité partagée) sont souvent mis en avant.

A l’échelle des Territoires d’industrie, les binômes élus-industriels esquissent un maillage et une connectique des bassins d’emploi. Ce sont ces écosystèmes locaux du renouveau productif que le programme d’actions Territoires d’industrie vise à révéler et conforter. Selon Virginie Carolo, vice-présidente de la communauté Caux-Vallée de Seine et vice-présidente de l’AdCF, il existe une multitude de synergies possibles localement : c’est donc l’identification et la mobilisation des acteurs pertinents pour les mutualisations qui apparaissent comme l’enjeu principal. Ces noeuds d’interdépendance sont autant d’actifs spécifiques, d’atout valorisables par les territoires dans leurs relations avec les entreprises en quête de solutions pratiques et compétitives, tant pour leur personnel que pour leur « process » de production. De fait, les entreprises sont en recherche de solutions écologiques et sobres pour leur développement comme l’ont illustré les exemples de la plateforme PIICTO (Gardanne), présenté par Hélène Barrau de la métropole Aix-Marseille ou de l’établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre, marqués par des contraintes foncières fortes. La transition écologique ne se résume pas à la mutation du système productif, mais devient le support du développement local endogène (maintien des entreprises industrielles dans le territoire). Cette réhabilitation de l’industrie (avec son inscription dans les projets de territoire) pose malgré tout un problème d’acceptabilité sociale : conflits d’usage, aménités, inégalités environnementales, prévention des risques…

Le rôle fédérateur des intercommunalités

Jacques Lerou, directeur général des services de la communauté Lacq Orthez a évoqué l’importance des pouvoirs publics pour fédérer les acteurs et pérenniser « les boucles industrielles » à l’échelle d’un site d’activité (malgré les changements d’exploitants). En facilitant l’interconnaissance des industriels pourtant localisés à proximité des uns des autres mais qui échangent peu… En l'occurrence, la collectivité est partie prenante du groupement d’entreprises Chemparc et du Pavillon vert, dont l’objectif est d’adapter les activités chimiques aux impératifs écologiques. Elle permet de cartographier et recenser besoins et compétences, demandes et ressources pour les mettre en lien. De fait, les combustibles solides de récupération (CSR) issus des productions locales sont incinérés pour créer une vapeur à l’origine d’une production électrique, elle-même associée à un électrolyseur dont l’hydrogène sert pour produire du méthane vert à partir de gaz fatal.

De même, la Métropole de Lyon accompagne et sécurise les activités expérimentales de la Vallée de la Chimie en endossant une position d'intermédiaire (avec l’administration, les milieux de la recherche, et les acteurs possiblement intéressés par les « Appels des 30 », des appels à projets par trente acteurs publics et privés majeurs du territoire, dont les établissements d’enseignement supérieur et de recherche) et de demandeurs de solutions durables (utilisation des terres dépolluées pour les espaces verts, réutilisation des matériaux…). C’est cette double position, d'intermédiaire et d’activateur, que nombre d’opportunités d’écologie industrielle territoriale passent du stade de projet à la réalisation. Le lancement en juillet 2019 de l’observatoire des Territoires d’industrie vise  précisément à rendre visibles et systématiser ces « phases d’amorçage », et les retours d'expérience qui leurs sont liés.

Les perspectives d’actions collectives portées par les acteurs industriels et les gains d’optimisations possibles pour valoriser les flux matière et d’énergie ne se limitent aux espaces métropolisés. De nombreux participants se sont interrogés sur les rendements d’échelles moindres et sur les coûts de déplacements. Des difficultés existent dans certains territoires pour structurer des initiatives soutenables financièrement. Cependant les nouveaux périmètres des Territoires d’industrie esquissent des partenariats à l’origine d’activités nouvelles, entre des territoires restés trop longtemps dans des logiques concurrentielles. Ces possibilités sont explorées par de nombreuses intercommunalités, qui découvrent ou redécouvrent des acteurs et des ressources à l’origine de nouvelles filières ; agroalimentaire, bois, boues, etc. peu exploitables dans les centres urbains mais qui constituent un flux matière à valoriser et potentiellement génératrices de valeurs ajoutées. Reste à définir les stratégies de retombées locales…  (voir la plaquette de présentation de la plateforme d’ACTIF de CCI France sur l’écologie industrielle et territoriale www.actif.cci.fr)

Optimisation de l’usage et de l’occupation des sites d’activité

Pour initier la revitalisation des sites d’activité industriels, les collectivités participantes ont témoigné de leurs réflexions et pratiques pour optimiser l’usage du foncier bâti. La planification spatiale (PLU) et l’urbanisme opérationnel deviennent de véritables leviers de développement économique. Ces projets de densification et de mixité des usages nécessitent de nouveaux modes de portage foncier (SEM patrimoniales par exemple) et des leviers financiers appropriés (baux emphytéotiques, fonds de garantie public-privé). Eventuellement avec le recours d’opérateurs spécialisés en dépollution (voir la procédure du tiers demandeur issue de la loi ALUR). Cette créativité financière et organisationnelle recouvre autant d’interventions locales à explorer dans le cadre de Territoires d’industrie, pour rendre possible et attractif un renouveau industriel local. En effet, de nombreuses intercommunalités engagées dans le programme Territoires d’industrie ont fait remonter des fiches actions et des fiches projets. D’autres recherchent encore des leviers de redynamisation de leurs zones d’activité.

Cette nouvelle approche d’investisseur pour les sites d’activité est encore en construction comme l’a souligné l’enquête conduite en 2017-2018 AdCF-CEREMA sur les sites d’activité économiques. Ces opérations de requalification nécessitent très certainement d’associer très en amont dans la conduite de projet les services de l’Etat compte tenu des multiples contraintes réglementaires mais pas seulement. Plus largement, ces politiques nécessitent de recourir à une ingénierie de projet qualifiée en mobilisant des compétences professionnelles multiples : développeurs économiques, experts en finances locales, urbanistes, géomaticiens, ingénieurs agronomes, ingénieurs en génie civil, écologues, biologistes, énergéticiens, programmistes, architectes, géomètres, économistes de la construction…

Au final, ce grand atelier de travail a permis de mesurer l’engouement croissant des intercommunalités pour porter mettre l’écologie industrielle territoriale au cœur de leurs stratégies économiques. De nouvelles réunions de travail seront proposées par l’AdCF sur cette thématique identifiée comme majeure dans le cadre du programme d’actions Territoires d’industrie (voir notre article sur le comité de pilotage national du 24 septembre dans cette édition d’AdCF Direct).

 

Retrouvez les supports visuels de présentation de la journée

TERRITOIRE D’INDUSTRIE DE LA COMMUNAUTÉ URBAINE DE DUNKERQUE
Rizlane Bibaoui, DGA Communauté urbaine de Dunkerque
Un groupe d’étudiants de l’Ecole d’urbanisme de Paris

Voir le support visuel de présentation

Manifeste signé le 10 juillet dernier, à l’occasion de l’évènement national intitulé « CO2 et Industrie - Faire d’une contrainte forte un avantage compétitif réel pour les entreprises et les territoires », organisé par la CCI Littoral Hauts-de-France, en partenariat avec l’ADEME et la Communauté urbaine de Dunkerque, avec la participation d’Arnaud Leroy. Plus d’informations peuvent aussi être consultées sur https://hautsdefrance.cci.fr/actualites/dunkerque-pacte-industriel-neutralite-carbone/



TERRITOIRE D’INDUSTRIE LACQ-PAU-TARBES
Jacques Lerou, DGS de la communauté Lacq-Orthez et Eric Pourredon, Chef du service transition énergétique de la communauté Pau Béarn Pyrénées

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TERRITOIRE D’INDUSTRIE AIX-ROUSSET-GARDANNE-ISTRES-FOS-MARIGNANE-ETANG DE BERRE
Hélène Barrau, Chef de service Mutations industrielles, économie circulaire et transition énergétique au sein de la Métropole d’Aix-Marseille Provence

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TERRITOIRE D’INDUSTRIE AXE SEINE
Virginie Carolo, vice-présidente de la communauté Caux Vallée de Seine et membre du comité de pilotage national du programme « Territoires d’industrie »

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VALLÉE DE LA CHIMIE
Fabien Bordon, chef de projet - Mission Vallée de la Chimie, Métropole de Lyon

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Voir la vidéo de présentation des paysages productifs - vallée de la chimie

Et aussi :

Plaquette de présentation de la plateforme ACTIF de CCI France sur l’écologie industrielle et territoriale  www.actif.cci.fr

Contacts AdCF : o.crepin@adcf.asso.fr & l.chevrier@adcf.asso.fr

 

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