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Retours d’expérience

Grand Châteaudun (28) : « C’est la conquête du sud de l’Île-de-France »

Fabien Verdier est président de la communauté de communes du Grand Châteaudun. Pour la série « Au cœur de la relance », il nous explique comment le territoire compte profiter de la relance pour développer son attractivité économique. Cela se joue notamment sur deux aspects : la fiscalité avantageuse et la proximité avec l’Île-de-France. Le territoire mise aussi beaucoup sur son cadre de vie et les futures zones d’activités, qui comprennent de nombreux atouts.

 

- La mise en place du projet -

La situation géographique du Grand Châteaudun est-elle un avantage pour développer votre attractivité économique ?

Nous sommes à 130 kilomètres de Paris, à 1h20. Cette position exerce une influence car premièrement, nous pouvons attirer des PME/ETI. Et deuxièmement, nous avons historiquement dans le Dunois des industries, dont Safran. Tout cela car nous sommes proches de l’Île-de-France et que nous avons une fiscalité intéressante.

 

La fiscalité est intéressante pour les entreprises et les particuliers, d’où provient ce phénomène ?

Depuis un peu plus d’un mois, nous avons réalisé un grand choc fiscal. Les impôts sur le revenu à Châteaudun ont baissé d’un peu plus de 13,5 %. De plus, nous sommes en Zone de restructuration de défense (ZRD) depuis le départ de l’armée de notre base aérienne. Donc les sociétés qui s’installent ou qui se créent sur le territoire sont exonérées d’impôt pendant cinq ans. Idem pour les cotisations sociales patronales et la CFE. 

 

Quels autres avantages financiers proposez-vous ?

Nous avons un partenariat avec une mutuelle de village donc tous ceux qui habitent sur le territoire peuvent bénéficier d’une baisse de mutuelle santé. Certains économisent 20 à 30 € par mois. Et nous avons aussi Wikipower, de l’achat groupé d’énergie (électricité et gaz) pour les PME et les TPE. 

 

Tous ces dispositifs fiscaux ont-ils un impact qui se vérifient dans les chiffres ?

Non c’est encore trop tôt, mais ça se constate par des signaux faibles. Les gens parlent du territoire du Grand Châteaudun. Nous sommes la 14ème intercommunalité de la région Centre, avec 23 communes et 41 000 habitants. Notre pôle de centralité, Châteaudun, doit être la locomotive et tirer les autres : Cloyes, Arrou, Brou… Notre intercommunalité est traversante, elle passe par le Perche, le Dunois et la Beauce. 

 

Vous développez un large volet communication pour attirer des entreprises et une nouvelle population…

Nous faisons un important travail d’attractivité, de compétitivité, de marketing et de mise en valeur. C’est de la médiatisation. Nous avons créé une marque « Play Châteaudun » pour donner envie à différents acteurs de miser sur nous.

 

 

- Le projet du territoire -

Quel projet avez-vous pour l’ancienne base militaire ? 

Un petit aéroport, outil de désenclavement de l’activité, avec de l’aviation générale et d'affaires pour se projeter à Berlin ou Barcelone en moins de 2 heures. Également, de l’activité bord de piste, nous avons une étude de marché de l’aéroport de Nice en ce sens. 

 

Vous disposez aussi d’un hippodrome de 46 hectares

Nous avons lancé un appel à projets pour attirer de l’industrie et de l’emploi. Nous devons le rendre le 10 juin. Avec toujours le même pitch : nous sommes à 130 kilomètres du premier PIB d’Europe. Nous avons un foncier pas cher à 13 euros hors taxe du mètre carré. Il n’y a pas plus de 15 zones d’activités de cette taille autour de Paris. En équivalence il y a Évreux ou Beauvais et seulement deux en Eure-et-Loir. Nous essayons d’attirer par le foncier. La loi climat et résilience contient un objectif « zéro artificialisation nette », donc il reste peu de zones de ce type, industrialisées en PLUIH. 

 

Des entreprises vous ont-elles déjà contactées pour s’installer ?

Sur l’hippodrome, nous avons 4 à 6 porteurs de projets sérieux pour l’instant dont un groupe anglais, on verra ce que le Brexit peut apporter ou non. C’est la conquête du sud de l’Île-de-France, tout reste à faire. Nous avons déjà un investisseur qui veut injecter 80 millions d’euros sur 8 hectares de l’hippodrome. Donc si on fait le ratio, c’est 10 millions par hectare. Notre capacité industrielle est forte.

 

Quels types d’industries cherchez-vous à implanter sur ces deux sites ?

Nous avons une stratégie de désenclavement, avec l’aéroport, couplée à une stratégie de montée en gamme. Nos territoires ont souffert, comme le Jura, car nous étions spécialisés sur le moyen et bas de gamme. Maintenant, nous souhaitons avoir de l’industrie à haute valeur ajoutée : aéro, cosméto, pharma ou encore du textile connecté. Du moment que c’est de la haute valeur ajoutée pour que l’activité se délocalise moins vite en Asie ou ailleurs. Nous cherchons à attirer des sièges sociaux, des centres R&D, des ingénieurs, des bacs +8, des bureaux d’études, des centres techniques… Tout ce qui crée de la valeur.

Par exemple, nous avons le siège social d’Alltricks sur l’une de nos 20 zones d’activités. Il nous apporte beaucoup en termes d’image. Il développe 100 emplois et d’ici 18 mois, nous passerons à 230, ils vont s’agrandir de 24 000 mètres carrés. 

 

Avez-vous prévu de développer des formations en cohérence avec la demande des futures entreprises ?

Nous avons 9 formations post-bac dans le Dunois, 7 BTS, une licence professionnelle au lycée et l’école d’infirmière. Il faut continuer à développer. Nous avons du terrain disponible donc nous avons écrit au ministère de l’enseignement supérieur pour réfléchir à mettre l’annexe d’une université à Châteaudun. Science Po l’avait fait avec Le Havre et Dijon, des campus hors de la rue Saint-Guillaume. Ou peut-être des écoles d’ingénieurs, faire du public-privé. Moi je suis attaché à la croissance endogène, il y a de la croissance dans un territoire quand il y a des infrastructures, d’où le petit aéroport, les routes, le train… Et du capital humain, donc avec de la formation, initiale ou continue. 

 

Comment vous saisissez-vous du plan de relance pour développer votre attractivité économique ? 

Nous nous en sommes déjà saisis, Hutchinson a eu 3,1 millions d'aides, pareil pour Safran. Nous allons continuer mais la difficulté c’est que nous n'avons pas une grande équipe. Nous ne sommes pas une grande intercommunalité comme Strasbourg qui a plein d’ingénieurs. Nous n’avons pas beaucoup de moyens mais en tout cas, nous avons des idées et de l’envie. 

 

Comment faîtes-vous pour attirer de nouvelles populations ?

La stratégie est plurielle et multiple. Nous avons des logements à 120 000 € avec 500 mètres carrés de jardin dans le Grand Châteaudun. C’est très important. Nous avons aussi un tissu associatif fort, 250 associations rien qu’à Châteaudun. Les nouvelles familles peuvent faire ce qu’elles veulent, il y a tout. Nous avons un hôpital public, plusieurs centres de santé municipaux. Le très haut débit pour les personnes morales et physiques. Nous pouvons aller à Paris dans la journée, faire un spectacle à l’Olympia. Nous sommes aussi à 30 minutes d’Orléans. Et en même temps, on trouve tout ici. Nous avons également un volet tourisme avec 58 monuments classés, nous sommes dans les 50 communes les plus patrimoniales de France. Nous allons être dans les villes sanctuaires de France et nous venons d’intégrer le guide vert de Michelin, 14 villes en région Centre y sont, nous avons une étoile donc nous sommes dans le top 10. 

 

Depuis le début de la crise sanitaire, avez-vous constaté un afflux de personnes venant s’installer chez vous depuis des grandes villes ?

Oui, les Parisiens achètent beaucoup. Une agence immobilière m’a fait savoir qu’elle avait 200 biens à vendre, il en reste 70, les prix ont augmenté de 10 à 15% du mètre carré. 

On dit qu’il y a trois choses qui attirent les cadres : le foncier, les écoles et la partie culture ou animation. Et là, nous avons un théâtre à l’italienne, plus de 300 associations dans le territoire, des bases de loisirs, un espace de 800 places pour des saisons culturelles en plein air et à l’intérieur tout au long de l’année, un skatepark… Donc nous avons ces ingrédients aux portes de l’Île-de-France. C’est aussi comme ça que nous nous inscrivons dans la relance. 

 

C’est-à-dire ?

Je pense que la dimension étatique de l’économie a ses limites. Il faut jouer sur une attractivité plus large. En tant qu’élu, on ne peut pas faire à la place de l’industriel. Nous sommes présents pour régler leurs problèmes et les écouter. Par exemple, nous avons une entreprise, PMA28. Elle avait un problème de poubelles, nous avons apporté des réponses. Nous ne pourrons pas donner de subventions directes, ce n’est pas l’État qui fait l’économie, c’est plutôt un écosystème. Il faut créer les outils et les conditions de la réussite. Puis, souvent les outils publics sont remplis de formulaires qui découragent tout le monde. Je pense qu’il faut faire simple, rapide et efficace. Il faut jouer sur nos atouts intrinsèques qui seront durables : fiscalité basse et proximité de Paris. L’enjeu c’est que le Grand Châteaudun soit connu de Boulogne-Billancourt, des Yvelines et d’ailleurs.

 

 

- Les éléments à retenir - 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? 

Il y en a partout, elles sont administratives, financières, juridiques. D’un autre côté, nous avons des premiers résultats : trois PME se sont agrandies pendant la crise sanitaire. Je disais souvent qu’il faut attirer vingt PME pour dynamiser notre territoire, nous sommes déjà à six. 

D’où l’hippodrome avec 46 hectares qui permet d’accueillir deux grands groupes et dix PME par exemple. Il y a déjà des entreprises qui ont pris contact avec nous. Mais de manière générale, il faudrait que nous puissions aller beaucoup plus vite. Désenclaver, désadministrativer. Nous faisons au mieux car c’est maintenant que tout se joue. 

 

Où en êtes-vous dans l’élaboration du CRTE ? Quelles sont vos attentes ?

Notre territoire est pleinement investi et signera un CRTE. Je suis tout de même un peu dubitatif sur la forme, l’idée d’ajouter un « contrat des contrats ». Le tout en pleine période des élections régionales et départementales. Nous allons également nous engager dans Territoires d’industrie. Nous n'avons toujours pas signé le contrat mais nous avons des fiches actions et devons créer des binômes industriel/élu.

 

 

 

"Au cœur de la relance" est une série de l'AdCF en partenariat avec Territoires-audacieux.fr destinée à valoriser les initiatives des intercommunalités dans le cadre de la relance, à les accompagner : interviews de président.e.s d'intercommunalités, questions/réponses techniques, échange avec une personnalité qualifiée, ...

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Contacts :

- AdCF : Sandrine GuiradoYoann JacquetFloriane Boulay

Territoires-audacieux.fr : Baptiste GapenneLéa Tramontin

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