Thématiques

Retours d’expérience

Grand Albigeois (81) : “Nous avons essayé d’imaginer au cas par cas des dispositifs plus offensifs, plus originaux”

Roland Gilles est le vice-président au développement économique du Grand Albigeois. Pour la série « Au cœur de la relance », il revient sur les actions mises en place pour sauvegarder les emplois sur le territoire. Après avoir agit rapidement lors du premier confinement, en mars 2020, l’agglomération réfléchit désormais à long terme. Grâce à des actions et des dispositifs innovants, de nombreux emplois ont déjà pu être sauvés. Le Grand Albigeois mise aussi sur la formation et les nouvelles filières, notamment l’hydrogène.

 

- La mise en place du projet -

Vous avez développé un large plan de soutien et de relance aux entreprises. Quels sont ses objectifs et comment a-t-il été mis en place sur votre territoire ?

Dès le premier confinement, la communauté du Grand Albigeois a voulu faire un constat des difficultés vécues par les entreprises et le tissu économique pour apporter les réponses les plus efficaces possibles. Il fallait soutenir les entreprises dans l’urgence et se poser la question des directions et actions à adopter sur un plus long terme. Plusieurs étapes se sont succédées pour la mise en œuvre de ce plan de relance global. Elles ont été lancées de manière concomitante dès le premier confinement. Au début, quand l’économie s’arrête, il faut jouer le pompier. C'est-à-dire se tourner vers les entreprises en difficultés, en liaison avec l’autre grand acteur qu’est la Région Occitanie. Nous nous sommes mis d’accord pour accompagner le plus d’entreprises possibles. Dans ce plan d’urgence, nous en avons accompagné 600 sur les 2 000 que composent notre agglomération. Nous avons joué sur toute la palette des actions possibles, avec des dispositifs différents. Le conseil communautaire a voté un certain nombre de décisions avec l’impact financier précis au service des entreprises. Par exemple, les exonérations de la contribution foncière. 350 entreprises ont été exonérées pour un montant de plusieurs centaines de milliers d’euros pour l’agglomération. 

 

Vous avez beaucoup collaboré avec la région ?

Oui, nous avons passé un protocole pour s’inscrire à part égale, à la dotation d’un fonds, dit L’OCCAL, destiné à aider la trésorerie des entreprises avec plusieurs volets. Un premier consiste à investir et faire face à la crise sanitaire : accompagner le respect des gestes barrières en entreprise et avec les clients, acquérir des équipements particuliers pour accueillir du public ou aider à la numérisation des entreprises pour être plus concurrentiel. Par exemple, le click and collect nécessite un site web pour proposer les produits. Nous avons aidé via des avances remboursables ou des subventions directes. À ce titre, nous avons aidé plusieurs dizaines d’entreprises. 

Une deuxième action au titre de ce fonds partagé avec la région a consisté à prendre en charge nous-même, en fin d’année 2020, un certain nombre de loyers de commerces et artisans. Ces deux actions cumulées ont aidé plus de 250 entreprises. Avec les 350 déjà exonérées de CFE, nous arrivons à 600 entreprises aidées. Sachant que nous avons dans un hôtel d'entreprise des jeunes entreprises que nous allons exonérer de loyers. La ville centre d'Albi a exonéré pour un montant de 300 000€ la redevance d’occupation de l’espace public. Il s’agissait de démarches visant à aider la trésorerie des entreprises en difficulté. Des décisions prises rapidement, qui ont un impact financier pour l'agglomération. 

 

Une des actions du plan de relance sur votre territoire a été la mise en place d’un comité de relance. Comment fonctionne-t-il ?

Ce comité de relance permet de répondre dans l’urgence mais aussi de réfléchir à comment bâtir. Après être pompier, comment être bâtisseur. Nous avons tenu un certain nombre de réunions sur des thèmes très précis et avec les acteurs économiques du bassin : chefs d’entreprises, banques, acteurs institutionnels et acteurs privés. Nous avons réfléchi à plusieurs thèmes : comment mieux produire et consommer en Albigeois ? Comment protéger nos producteurs locaux ? Cela a donné lieu à l’émergence d’actions à destination des acteurs locaux, notamment des plateformes numériques. 

Le comité de relance a aussi étudié, avec une vision tournée vers l’avenir, comment mieux investir et innover sur notre territoire. Nous sommes passés à l’acte dès 2020 en soutenant des entreprises et en mettant en place des processus que nous n’avions jamais imaginé jusqu’à maintenant. Nous étions dans l’aide directe à l’immobilier d’entreprises. Nous avons innové en confirmant auprès de la région notre participation à part égale pour l’immobilier d’entreprise. Nous avons essayé d’imaginer au cas par cas des dispositifs plus offensifs, plus originaux. 

 

 

- Le projet du territoire -

Qu’est ce que vous appelez des « dispositifs plus offensifs, plus originaux » ?

Par exemple, nous avons une entreprise de 130 employés, fragilisée jusqu’à la crainte de voir ses activités cesser. Pourtant, elle avait des commandes et un produit, mais les difficultés de trésorerie à l’occasion d’une reprise d’entreprise la mettait en fragilité. Nous avons décidé d’acquérir le siège immobilier de l’entreprise pour une valeur de 600 000€ en le re-louant immédiatement. Cet apport direct de trésorerie lui a permis de sortir de la procédure collective et de relancer son activité, nous avons sauvé 130 emplois.

Autre exemple, une entreprise au top dans le numérique, propriété d’un fonds international, avait pour obligation de développer son entreprise, mais pas sur place. Nous risquions, sans investissement conséquent, de voir cette entreprise quitter notre territoire avec 90 emplois. Nous avons imaginé un montage à plusieurs avec trois intervenants. L’agglomération mettait à disposition d’un investisseur local, connu et crédible, un terrain dans des conditions facilitant la transaction. L’investisseur local rachetait ensuite le siège obsolète et actuel de la société. Il construisait ensuite sur le terrain mis à sa disposition un immobilier d’entreprise adapté aux besoins d’expansion de notre cible. Celle-ci exprimait son besoin d’immobilier et le voyait résolu par notre agglomération et l’investisseur local. Un montage original sans acte financier fort pour l’agglomération qui a permis de sauvegarder 90 emplois. 

 

Vous avez également développé un partenariat avec l’école IN&Ma. De quoi s’agit-il ?

Dès le premier confinement, quand l’économie s’est arrêtée, nous avons réalisé un sondage et 250 entreprises ont répondu. À la question : quel impact évaluez-vous maintenant et sur le long terme de cette crise sanitaire inédite ? 38% ont indiqué que cette crise s'accompagne obligatoirement d’une nécessité d’adapter quelque chose dans leur entreprise. Cela peut-être une modification sur la chaîne de production, de leur démarche commerciale ou de la vocation même de l’entreprise. Nous leur avons proposé un accompagnement à travers IN&MA, une structure de réflexion et de formation, en soutenant financièrement l’expertise. L’agglomération a payé le regard particulier de IN&Ma sur le volet de la réflexion, de la modification, de l’adaptation de l’entreprise. La démarche est intéressante et un certain nombre d’entreprises en ont bénéficié. 

 

Ce partenariat va permettre de développer la transition écologique sur votre territoire… 

Le plan de relance national, soutenu par l’Union Européenne, nous propose d’identifier dans des domaines précis, des filières porteuses qui s’inscrivent dans une démarche collective de long terme : décarboner notre économie. Le Green Deal européen bénéficiera de 40 milliards d’euros. Nous avons identifié deux domaines notamment que nous allons accompagner de manière très volontariste. Le premier c’est l’hydrogène. Il y a un mois, Bruno Le Maire est venu à Albi pour installer le conseil national de l’hydrogène. Nous avons sur notre territoire une des deux seules entreprises européennes qui fabrique des bus autonomes à hydrogène. Le bus Innova. Parce que nous avons développé à Albi depuis une douzaine d’années l’outil technologique qui nous permet d’innover et d’arriver à ce degré de production. Nous bénéficions d’un circuit et nous construisons un centre des mobilités nouvelles, zéro émission. Ainsi, nous allons accueillir les essais constructeurs des véhicules de demain et accompagner, sur le plan technologique, toute la filière hydrogène : production, distribution et usage. Nous nous concentrerons sur l’usage routier en particulier. 

Cette filière entraîne des métiers nouveaux. Nos entrepreneurs auront besoin de main d'œuvre spécifique. L’un des volets du centre que nous créons consistera à répondre à ces besoins de formation. 150 000 emplois seront créés dans la filière dans les 10 ans qui viennent. Nous relevons le défi de participer à ces actions de formation en identifiant les métiers, en développant les filières de formation et en les proposant bien au-delà de notre région. IN&MA sera l’un des interlocuteurs. Nous avons 20 centres d’enseignements supérieurs sur le territoire délivrant des diplômes post bac. Notre objectif dans ce centre des mobilités nouvelles sera de créer un regroupement pour un campus hydrogène, sans doute sous la forme d’un groupement d’intérêt. Le ministère de l’industrie lance ce projet. Nous sommes évidemment candidat pour en accueillir un. 

 

Il y a-t-il une convergence avec le centre des mobilités et le groupe de travail mis en place pour réfléchir à la mise en œuvre d’un parcours de création d’entreprises innovantes ?

Oui, ce parcours entrepreneurial est mis en œuvre en liaison avec l’université et l’école des Mines, nous les accompagnerons pour la création d’entreprise sur ce thème des énergies nouvelles. L’agglomération se trouve à la convergence puisqu’elle a pour mission de répondre aux besoins de l’industrie, de diffuser l’offre de formation et elle-même aide à créer les entreprises. Il y a une belle cohérence. Notre objectif est d’accompagner 16 personnes par an en Albigeois d’ici fin 2021. 

 

Vous réfléchissez à développer l’investissement local notamment au travers du financement participatif, pour que les citoyens puissent co-financer des projets locaux. Expliquez-nous ce projet.

Cet ensemble de réflexions et d’actions concrètes nous a amené à toucher du doigt les limites de notre action, elles sont en partie financières. Les finances d’une agglomération ne permettent pas à elle seule un geste massif au profit des entreprises. Les fonds propres des entreprises ne sont pas suffisamment performants pour créer, lancer et aider les entreprises à traverser les crises. Notre objectif consiste à nous doter d’outils particuliers d’aide aujourd’hui et demain, en aboutissant et en permettant de mieux associer les fonds privés à nos fonds publics. Nous réfléchissons dans deux directions : créer une foncière à vocation immobilière qui nous aide à assumer notre fonction première d’aide à l’immobilier d’entreprise et à créer une société de participation destinée à recueillir des fonds privés, agrégés à nos fonds publics, en invitant la région à s’associer. Nous réfléchissons également à un projet au titre de l’économie sociale et solidaire. Il consiste à inviter les acteurs privés (entrepreneur et particulier) de notre bassin à engager des fonds s’ils le souhaitent. Ainsi, ils peuvent soutenir l’économie locale au titre de l’économie sociale et solidaire. Nous avons bâti un plan qui permet d’aider les initiatives locales et de mobiliser les consommateurs, les citoyens de notre agglomération.

 

 

- Les éléments à retenir - 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? 

2021 présente encore des inconnus. Nous savons très bien que la perfusion financière des entreprises s’arrêtera un jour. Nous découvrirons les conséquences directes de cette crise avec les difficultés réelles des entreprises. Nous n’avons pas encore d’indicateurs très précis. Mais notre bassin Albigeois possède un secteur économique très diversifié. C’est une chance aujourd’hui. Nous ne sommes pas dépendants d’une mono activité industrielle. En 2020, le nombre de demandeurs d’emplois du fait de la crise a augmenté de 4,8 % en Occitanie et de 1,2% dans le bassin Albigeois. Il y a eu une résistance, une résilience de notre bassin devant cette crise sanitaire liée à cette diversification que nous voulons cultiver. 

Pour les années à venir, l’un des problèmes majeurs est la disponibilité du foncier et le coût du foncier dédié à l’économie. La sensibilité autour de la protection de l'environnement et des terres agricoles pose des contraintes pour les agglomérations. Pour celles qui veulent vivre de manière dynamique avec leur économie, il faut trouver du foncier pour les entreprises. Mais demain, il sera plus onéreux dès lors que nous aurons moins accès à l’expansion sur les parcelles rurales ou à vocation agricole. Le coût du foncier sous la forme de friches par exemple doit être mis en condition pour accueillir des nouvelles entreprises. Le coût sera 4 à 5 fois plus élevé. C’est une contrainte et il faut en avoir conscience. 

 

Quel est le coût du plan de relance sur votre territoire ? 

2 millions d’euros de fin 2020 à 2021, dont 93% ont été en aides directes aux entreprises. Mais il va de soi que cette somme a vocation à être pérennisée. Peut-être pas à hauteur de 2 millions par an, mais à mon sens, avec la création de ces nouveaux outils, notre objectif est de mobiliser davantage de financement public en invitant la région à nous rejoindre. Et puis aussi, en sollicitant des engagements de fonds privés. L’idée est d’engager davantage. Nous doublerons annuellement à mon sens cette somme déjà identifiée sur 2021.

 

Où en êtes-vous au niveau de l’élaboration du CRTE ?

Les dispositions sont prises. Elles ont été actées au sein de notre équipe d’élus communautaires. Nous signerons ce CRTE avec l’État au début de l’automne 2021. Nous sommes en plein travail d’élaboration de ce plan. Nous identifions avec les 16 communes les projets éligibles. Nous présenterons l’ensemble de ce plan au cours de l’été et nous ferons le point et la synthèse. Nous nous inscrivons dans la démarche du plan de relance : cohésion sociale, transition écologique, performance des entreprises. Nous avons identifié une série de projets qui réunissent les filières que j’ai citées précédemment. Elles ont pour vocation d’être locomotive de notre démarche économique sur le bassin.

 

Quelles sont vos attentes ?

Nous attendons des financements. Pour nous, le CRTE aide d’abord à la cohésion en interne, à la recherche de cohérence de notre action. Il nous aide à savoir ce que nous voulons, les discussions entre élus nous amènent à voir quelle orientation prendre, quel équilibre entre l’économie et l’écologie ? Il y a complémentarité entre les deux. Puis, nous nous tournons vers la région et l’État dans le cadre du CRTE ou du plan État-Région. Nous attendons un accompagnement financier d’un certain nombre de projets très précis dans les trois grands domaines cités. 

 

 

 

"Au cœur de la relance" est une série de l'AdCF en partenariat avec Territoires-audacieux.fr destinée à valoriser les initiatives des intercommunalités dans le cadre de la relance, à les accompagner : interviews de président.e.s d'intercommunalités, questions/réponses techniques, échange avec une personnalité qualifiée, ...

Retrouver l'ensemble des vidéos et articles du programme

 

Contacts :

- AdCF : Sandrine GuiradoYoann JacquetFloriane Boulay

Territoires-audacieux.fr : Baptiste GapenneLéa Tramontin

Partager
En savoir plus
Documents à télécharger Documents à
télécharger

Dernières
Actualités
Dernières
Publications
Dernières
Positions