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Transports et mobilité

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Élections municipales et intercommunales : les mobilités comme enjeu central de la campagne

Alors que plus de 900 communautés de communes devront choisir de prendre ou non la compétence d'organisation de la mobilités d’ici le 31 décembre 2020, la question des transports et des mobilités s’affirme clairement parmi les attentes des citoyens et les programmes des candidats. Plus que les projets d’infrastructures et de développement de réseaux en mode lourd, discrets au cœur de la campagne, ce sont les initiatives visant à développer les mobilités actives, à offrir de nouvelles solutions intermodales et à revoir la tarification des réseaux existants qui apparaissent avec force.

Dans les communautés urbaines, d’agglomération et les métropoles, l’organisation des transports et de la mobilité est une compétence intercommunale (en-dehors de l'Île-de-France). Les attentes des électeurs relayées aussi bien par des collectifs citoyens que par la presse locale, ainsi que les nombreuses propositions des candidats en la matière, permettent à l’intercommunalité de s’immiscer plus directement dans les débats et dans la campagne. Dans un article précédent portant sur les thématiques environnementales au cœur des élections, AdCF Direct avait souligné leur omniprésence et leur intensité. En tant que première cause de pollution de l’air et d’émission de GES, les transports sont spécifiquement concernés par de nombreuses propositions de la part des candidats. Les phénomènes de congestion, de bruit, de conflits d’usage sur l'espace public… sont également très présents dans les débats, la tendance n’étant plus à proposer la création de nouvelles rocades ou d’infrastructures lourdes, mais plutôt à diversifier les solutions de mobilités et « apaiser la ville ».

Les transports et l'organisation des mobilités du quotidien constituent de fait l’un des enjeux principaux des renouvellements municipaux et intercommunaux, sans que soient pour autant bien explicitées les compétences respectives de la commune et de l’intercommunalité sur le sujet. Certains engagements présents dans les programmes municipaux peuvent à ce titre sembler un peu conditionnels tant leur mise en œuvre dépendra d’accords et de votes intercommunaux ; notamment en matière de financement ou de gratuité.

Les mobilités actives comme réponses aux attentes écologiques

L’impératif de protection de l’environnement et d’amélioration de la qualité de l’air, couplé à la longue grève des transports publics de l’automne dernier, a permis à la question du vélo et des pistes cyclables de faire irruption dans le débat public pré-électoral. Ces préoccupations sont désormais bien identifiés par le citoyens comme un enjeu de santé publique (exercice physique). Ces thématiques de campagne coïncident aussi avec la mise à l'agenda politique du développement mobilités actives par le gouvernement (avec le lancement du plan vélo inédit en 2018) et de l'entrée en vigueur de nombreuses dispositions de la loi d'orientation des mobilités qui les définie dans le code des transports*. 

L’apaisement de la ville apparaissent comme un thème récurrent dans les programmes de ces élections 2020, et prend le dessus sur les enjeux d’attractivité territoriale ou d’intensité urbaine. Les congestions quotidiennes à l'entrée des grandes agglomérations et métropoles, voire dans les cœurs de villes, reposent la question de la planification de l'urbanisme, des contraintes de déplacements et des politiques d'habitat avec l’accroissement continue des distances kilométriques domicile-travail.

L’encouragement des plans de déplacements d’entreprises, dans lesquels l’essor du télétravail doit être intégré, mais aussi de plans de déplacements d’établissements scolaires ou universitaires, commence à émerger dans quelques programmes. 

Les projets de zones 20 ou zones 30 supplémentaires ne manquent pas, à l’instar de certains programmes comme à Lorient. Il est question de se déplacer autrement, mais aussi de permettre de réduire les distances ou besoins de déplacements. A cet égard, la marche à pied, mode de déplacement majeur au quotidien et pour organiser "la ville des courtes distances", semble plus en retrait que la question du vélo même si l'enjeu est sous-jacent dans le cadre de politiques de piétonnisation des centres-villes.

Le développement de la pratique du vélo est ainsi au cœur de la campagne municipale et intercommunale, très présente dans les annonces ou programmes des listes candidates, spécifiquement dans les agglomérations et métropoles. Ces propositions se portent majoritairement autour de la création et du renforcement des voies cyclables en milieu urbain, comme à Clermont-Ferrand où l’un des candidats projette la création de 15 kilomètres de pistes cyclables, ou à Nîmes où une liste propose d’en créer 40 kilomètres.

Dans les villes de plus de 100 000 habitants, rares sont les candidats qui ne prennent pas position sur les questions du vélo et des pistes cyclables, en général pour annoncer de forts encouragements et des objectifs chiffrés globaux mais sans toujours apporter des précisions détaillées quant aux modalités privilégiées et aux parcours concernés. On rappellera que dans les unités urbaines de plus de 100 000 habitants, les autorités organisatrices de la mobilité ont l'obligation depuis la loi sur l'air (1996) d'élaborer un plan de mobilité (anciennement dénommé plan de déplacements urbains) qui doit se traduire par la réduction de la circulation automobile.

Certains candidats entendent améliorer les réseaux cyclables existants, comme à Villeurbanne où le chef de file d’une des listes propose un élargissement des pistes afin de permettre la circulation de « vélos-cargos », notamment dévolus aux transports de marchandises. Le développement du vélo à assistance électrique (VAE), par mise à disposition ou soutien à l’achat, est proposé dans de très nombreux programmes.

Les nombreuses associations citoyennes en faveur de la promotion du vélo (337 associations membres du réseau FUB) interpellent régulièrement les élus locaux, et en temps de campagne électorale l'ensemble des candidats, sur la question de la résorption des coupures afin d'assurer la programmation de la continuité des itinéraires cyclables et de garantir la sécurité des usagers : sas vélo au niveau des feux tricolores, pistes bidirectionnelles, partage modal de la voirie (et non des trottoirs)... C'est un enjeu majeur pour l'ensemble des gestionnaires de voirie mais aussi pour les autorités organisatrices de la mobilité chargées d'élaborer des plans de mobilité. La stationnement sécurisé des vélos aux abords des gares et pôles d'échanges gagne encore à trouver une place plus importante dans le volet intercommunal de la campagne municipale.

Mobilité électrique, hydrogène

Dans certaines communes, des candidats font des propositions très avancées dans le sens du développement de l'électrique et de l’hydrogène. À Dijon, un candidat propose par exemple la mise en place de véhicules électriques connectés. À Metz, une candidate s’engage pour mettre en place des recharges pour les possesseurs de voitures électriques, tout comme une candidate à Toulouse. 

À Lyon, un candidat met l’accent sur l’hydrogène vert, avec la volonté d’équiper la flotte de véhicules communaux à l’hydrogène et de mettre en place des stations de recharge. Enfin, la loi d’orientation des mobilités prévoyant d’encourager ce type de mobilités, de plus en plus de candidats se positionnent sur le covoiturage et le transport à la demande, surtout en milieu rural. À Tulle par exemple, le maire sortant souhaite développer ces initiatives en lien avec Coordination de l’Autonomie et les associations de quartier. À Carhaix, dans le Finistère, le maire sortant souhaite pérenniser un dispositif de transport à la demande pour 2 euros l’aller-retour.

La tarification sociale et la question de la gratuité des transports publics

Outre la question des mobilités actives et des innovations technologiques, le débat autour de la tarification sociale voire de la gratuité des transports en commun se généralise, avec des oppositions partisanes souvent plus marquées. À Rennes, plusieurs candidats mettent l’accent sur une baisse significative des tarifs des abonnements aux transports publics. La question de la tarification sociale, fondée sur les ressources et revenus des résidents, fait partie des sujets abordés dans les propositions et programmes de nombreux candidats, aussi bien d’élus sortants que de leurs concurrents. Ainsi, à Orléans, une candidate met l’accent sur la nécessité de mettre en place un système de tarification sociale, tout comme le maire sortant à Brest.

La proposition de la gratuité des transports collectifs prend une nouvelle ampleur, fortement portée par les listes écologistes, mais pas seulement. Certaines listes la proposent simplement pour des catégories spécifiques de la population, comme les moins de 25 ans (cf. la liste écologiste d’Angers), ou les bas salaires comme le propose une liste citoyenne et écologiste à Nantes. Un candidat à Lorient propose la gratuité du bus le samedi en guise d’expérimentation, avant d’aller vers sa généralisation. L’option de la gratuité réduite au week end apparaît dans d’assez nombreux programmes. 

Rares sont les grandes agglomérations et métropoles où l’option de la gratuité totale des transports publics n’est pas proposée par au moins l’une des listes en course. C’est la liste proche de la France Insoumise à Rennes, celle de la majorité présidentielle à Besançon, ou la liste soutenue par EELV à Perpignan. D’autres candidats portent cette proposition de gratuité à Mulhouse, à Montpellier, à Lyon, à Bordeaux, à Vienne, à Metz…

Certains commentaires dans la presse, et c’est un progrès notable, rappellent que de tels engagements auront besoin d’être partagés à l’échelle métropolitaine ou intercommunale. Dans les médias locaux, parmi les réactions des concurrents voire d’habitants, certains rappellent en outre que la gratuité pour l’usager signifie une prise en charge plus importante par l’impôt local et le contribuable, ce qui n’est pas nécessairement équitable. Les reports modaux attendus via la gratuité sont également sources de débats, l’expérience et les spécificités des 35 réseaux gratuits recensés au niveau national étant scrutés de près et éclairés par la récente étude du GART sur le sujet. 

Dans les espaces moins denses, bassins de vie ruraux ou de petites villes, le thème des mobilités émerge aussi dans les débats locaux et la presse quotidienne régionale, que ce soit en Corse, dans le Lot, en Corrèze ou en Centre-Bretagne. Certains élus ou candidats se prononcent pour en faire un thème central des futurs mandats et mentionnent clairement le rôle attendu de leur intercommunalité. Sans attendre, certains territoires ont commencé à délibérer pour la prise de compétence prévue par la loi LOM (voir la note juridique de l'AdCF sur les modalités de transfert et d'exercice de la compétence d'organisation des mobilités dans les communautés de communes).

 

* "Les mobilités actives, notamment la marche à pied et le vélo, sont l'ensemble des modes de déplacement pour lesquels la force motrice humaine est nécessaire, avec ou sans assistance motorisée".

 

Contactsy.jacquet@adcf.asso.fr et n.portier@adcf.asso.fr

 

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