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Elections des 15 et 22 mars : La presse régionale et locale valorise la dimension intercommunale du scrutin

Quotidiens et magazines régionaux, chaînes de l’audio-visuel local, blogs et réseaux sociaux professionnels… accordent en vue des élections locales de mars prochain une place beaucoup plus importante à l’intercommunalité. C’est ce qui ressort des premières revues de presse. Des efforts sont fournis par les médias locaux pour mieux expliquer le scrutin fléché, traiter des intentions des élus sortants et les comptabiliser par intercommunalité, étudier les ambitions intercommunales des candidats. Pour ce 3ème numéro de son feuilleton « élections » AdCF Direct s’intéresse à ce traitement dans les médias locaux.

Les 15 et 22 mars 2020 se tiendront les élections municipales et intercommunales, à savoir dans moins de trois mois. Elles permettront aux citoyens d’élire leurs élus municipaux mais aussi ceux qui, parmi eux, seront en lice pour un mandat intercommunal. A l’occasion de ce scrutin et comme en 2014, l’AdCF souhaite faire progresser l’information des citoyens sur les enjeux des élections, et tout particulièrement sur leur volet intercommunal, auquel nombre d’entre eux sont peu sensibilisés*. Il est dans l’intérêt démocratique qu’une large place soit accordée aux thématiques et compétences intercommunales dans les campagnes, mais aussi que les candidats au mandat intercommunal fassent davantage état de leurs projets. Malgré ce déficit d’information, des signes avant-coureurs, surtout dans les grandes villes, laissent présager une place grandissante accordée à l’intercommunalité dans la campagne, notamment dans la presse locale.

 

Les intentions des maires sortants analysées très souvent par intercommunalité

Depuis plusieurs mois, les élus et la presse se font l’écho d’un mal-être grandissant des élus locaux, d’un « blues des maires » comme l’a évoqué notamment le sénateur Éric Kerrouche. Des enquêtes ont fait état d’un risque d’une pénurie de candidats pour les prochaines élections, mettant en exergue la volonté assumée de bien des maires sortants de ne pas se représenter en 2020. Le projet de loi Engagement et proximité, dans ce contexte, a voulu conforter le rôle et les protections dévolus aux maires, notamment aux élus ruraux. En ce sens, s’intéresser aux intentions des maires sortants pour un nouveau mandat ou non est rapidement devenu un enjeu du débat public dans le cadre des prochaines élections locales.

Or, bien plus que pendant la campagne de 2014 et de manière relativement précoce, la presse locale et en particulier la PQR (Presse quotidienne régionale), recense de plus en plus les intentions des maires sortants non pas de manière isolée, mais bien à l’échelle de l’intercommunalité à laquelle ils appartiennent. Cette pratique est extrêmement répandue.

L’Alsace propose par exemple à ses lecteurs une carte de l’agglomération de Mulhouse synthétisant les volontés des maires sortants pour les prochaines élections, et fait le constat que deux tiers d’entre eux seront de nouveaux candidats en 2020. Du côté d’Orléans, La République du Centre effectue un travail analogue et annonce que la moitié des maires ne rempileront pas pour un nouveau mandat. Parce que les rédactions ou éditions de la presse locale sont de plus en plus nombreuses à s’être réorganisées en fonction des délimitations intercommunales, les exemples ne manquent pas.

Si la référence complète aux « élections municipales ET intercommunales » est bien plus utilisée qu’en 2014 dans la presse locale, c’est aussi en raison du fait que les équilibres politiques partisans, appréhendés à l’échelle de l’intercommunalité, deviennent un enjeu souvent saillant de la campagne dans les communautés d’une certaine taille. Par exemple, Le Populaire du Centre s’intéresse aux incertitudes quant à la future majorité politique à la communauté urbaine de Limoges Métropole, alors que Sud Ouest évoque le changement de donne introduit par l’émergence d’En Marche et la redistribution des cartes en termes d’équilibres partisans pour la prochaine mandature dans la métropole de Bordeaux.

 

Des candidats qui annoncent plus clairement leur candidature à la présidence de l’intercommunalité

Si la presse locale s’intéresse évidemment aux velléités des maires sortants et des équilibres politiques, surtout dans les métropoles et grandes agglomérations, elle se fait également le relai de candidats qui déclarent explicitement leur candidature à la présidence de leur intercommunalité.

Cette progression par rapport à 2008 ou 2014 peut être vue comme une véritable avancée démocratique, permettant ainsi aux citoyens de mieux prendre la mesure de la dimension intercommunale des élections locales, et du fait qu’ils voteront également pour élire leurs élus intercommunaux. En 2014, beaucoup de Français n’avaient découvert qu’au moment de voter le système de double liste et de fléchage de ces élections, et la conquête de la présidence de l’intercommunalité s’était souvent révélée à eux après les élections, lors du « troisième tour ».

 

Une attente de transparence

En septembre 2018, l’AdCF avait d’ailleurs commandé un sondage à l’IFOP qui avait révélé que 91 % des Français souhaitaient que les candidats futurs à la présidence des intercommunalités fassent connaître leurs intentions en amont des élections. Ainsi, on voit apparaître çà et là dans la presse locale des candidats déclarant briguer la présidence de leur communauté de communes, urbaine, d’agglomération, ou leur métropole.

Dans la métropole de Lyon particulièrement, au sein de laquelle les modalités particulières des élections créent une césure entre leur volet municipal et leur volet métropolitain, les candidatures à la présidence de la Métropole (qui n’est plus une intercommunalité même si elle en provient) sont nombreuses. En effet, les candidats à la métropole pourront l’être sans être candidat ou élu municipal, et la fonction de maire et de président de la Métropole ne seront plus cumulables. Ainsi, la presse locale et nationale s’est largement faite l’écho de l’investiture LREM accordée à Gérard Collomb pour la présidence de la Métropole.

Mais si cette dimension est prégnante dans les grandes villes et les métropoles, de plus en plus de candidats municipaux dans des communes de dimension plus modeste font le pari d’annoncer leur candidature et de faire campagne pour être élus ou réélus présidents de leur intercommunalité. France Bleu nous apprend par exemple qu’à Joigny, dans l’Yonne, l’adjoint au maire et président de la communauté de communes sortant est candidat à la mairie et à la présidence de l’intercommunalité. De façon encore plus claire, ce même média titre qu’un maire sortant est « candidat à la présidence de Saint-Lô Agglo », faisant montre de la dimension éminemment intercommunale des prochaines échéances électorales.

En première analyse, on décèle d’ores et déjà un bond en avant très sensible de la visibilité de l’intercommunalité dans la campagne, de manière plutôt précoce et bien plus importante qu’en 2014. Ce progrès de la transparence dans la presse locale vis-à-vis des ambitions intercommunales des candidats s’accompagne de l’apparition de logique de « tickets » entre candidats alliés ou d’une même étiquette, l’un étant candidat à la fonction de maire et l’autre à celle de président d’intercommunalité.

Ainsi, La Montagne consacre un article au duo de candidats de gauche à Montluçon, et atteste de la volonté de plus en plus de candidats de s’afficher et de faire campagne en duo. C’est également le cas de Vosges Matin qui titre sur le « ticket » formé par deux membres de la majorité d’Epinal, candidats à la mairie et à l’agglomération.

 

L’apparition d’initiatives programmatiques à l’échelle même de l’intercommunalité

Mais l’émergence de la thématique intercommunale dans les titres de la presse locale ne s’arrête pas aux têtes de liste ni aux femmes et hommes candidats. En effet, et de manière encourageante, des initiatives apparaissent pour former des candidatures et programmes cohérents à l’échelle de l’intercommunalité toute entière, posant les bases de campagnes électorales également fondées sur des thématiques propres aux compétences intercommunales.

A Vichy, La Montagne fait état de la volonté d’élus de la formation EELV « de construire un projet écologique à l’échelle de l’agglomération », avec des réunions citoyennes régulières pour mettre en œuvre un programme intercommunal. Autre exemple, à Nantes, Ouest France relaie l’initiative de la majorité métropolitaine et du mouvement Territoires 44 qui signent un accord pour un « modèle de développement pour plus de solidarité entre les territoires », dans le cadre des prochaines élections locales.

Surgissent également dans un certain nombre de villes et intercommunalités, à distance des formations partisanes, des mouvements citoyens ou écologistes, issus de la "société civile", revendiquant la volonté de mettre en place un projet intercommunal partagé entre plusieurs listes de candidats dans les différentes communes d’une même intercommunalité. Ces démarches, encore peu nombreuses, ouvrent la voie à la mise en place d’axes programmatiques clairement tournés et revendiqués vers l’intercommunalité dans le cadre d’une campagne électorale qui, selon toutes vraisemblances, prendra un second souffle après les fêtes de fin d’année et s’intensifiera au mois de janvier. C’est ce que l’on peut espérer.

 

Contacts AdCF : n.portier@adcf.asso.fr ; y.jacquet@adcf.asso.fr ; s.guirado@adcf.asso.fr

 

*Accéder aux ressources pédagogiques mises à disposition par l'AdCF pour favoriser la lisibilité de l'intercommunalité dans la période des élections locales 2020

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