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Développement économique

Ecologie industrielle et territoriale, revitalisation des friches : quelques enseignements de l’Assemblée générale des Territoires d’industrie

Agir en faveur de l’écologie industrielle et territoriale, faire le choix de la reconquête des friches industrielles... Tels étaient les thèmes de deux ateliers auxquels l'AdCF a pris part à Mulhouse dans le cadre de l'assemblée générale des Territoires d'industrie.

L’AdCF revient sur deux des ateliers de l’Assemblée générale des Territoires d’industrie qui ont eu lieu à Mulhouse le 20 novembre dans le cadre du salon européen des industries du futur, au lendemain des séances plénières avec Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances (voir le compte-rendu dans la dernière édition d’AdCF Direct, n°943).

 

Agir en faveur de l’écologie industrielle et territoriale

En tant que maîtres d’ouvrage exclusifs des zones d’activités du secteur communal et initiatrices de projets collaboratifs, les intercommunalités jouent un rôle croissant pour développer des solutions industrielles et écologiques sur les sites d’activité économique, ceux-ci constituant de véritables « laboratoires ». Avec pour objectif d’optimiser les flux entrants et sortants du territoire, l’Écologie Industrielle Territoriale (EIT) crée de nouvelles valeurs ajoutées en transformant les déchets et autres flux sortants des uns en matières premières pour les autres, ainsi qu’en mutualisant un certain nombre de services (transport, traitement des déchets, etc.). La cartographie des différents flux matières à l’échelle des bassins d’emploi est parfois évoquée par les intercommunalités comme un élément clé du diagnostic stratégique dans ce domaine. C’est l’enseignement de la récente journée organisée par l’AdCF et l’Ecole d’Urbanisme de Paris sur les stratégie d’écologie industrielle et territoriale.

Nombre de territoires se sont d’ores-et-déjà lancés dans ces démarches, à l’instar du Club d’Écologie Industrielle de l’Aube au sein de la région Grand Est, dont la vocation est de rassembler les industriels locaux autours de projets communs de rationalisation et de réutilisation des flux d’énergie et de matière. La réussite d’une telle action réside en grande partie dans la connaissance et l’animation du dispositif, avec différentes aides à l’ingénierie (24 000€), à la création de postes dédiés (5000€) ou encore à la communication (60 000 euros sur 3 ans) octroyées par l’Ademe. A ces dispositifs peuvent s’ajouter des aides régionales.

Si les collectivités locales s’emparent de ces enjeux pour des raisons d’attractivité et de mise en œuvre de la transition écologique, les entreprises aussi portent un intérêt certain à ces technologies du fait des économies et potentiels marchés qu’elles représentent. Le Groupe Rougeot spécialisé dans les travaux publics, le BTP, et la production énergétique (600 employés, 100 millions d’euros de chiffres d’affaires) développe fortement les solutions hydrogènes régionales, avec un projet de centre de certification des réservoirs d’Hydrogène, inexistant à l’heure actuelle en France. La production d’énergie et de véhicules hydrogènes est promue par les acteurs locaux publics et privés en raison des avantages comparatifs qu’ils offrent : forte capacité de stockage, recharge rapide, gisements locaux importants.

La mise en place de partenariats suffisamment opérationnels est un enjeu central pour leur réussite. Pour être rentables, les investissements doivent bénéficier d’une taille critique, tant au niveau du périmètre que de la filière, en matière de production (gaz carbonique, électrolyseurs) comme en matière de consommation (commandes publiques et privées). Ainsi, la Métropole de Dijon accompagne l’entreprise Rougeot par un investissement de 6,74 millions d’euros dans une usine de stockage de l’hydrogène et dans des bennes à ordures ménagères adaptées.

En plus des liens avec les politiques territoriales relevant d’une certaine technicité (mobilité, déchets), les démarches d’économie circulaire peuvent également constituer des leviers d’inclusion sociale, via le développement de partenariats avec des structures de l’économie sociale et solidaire. Dans l'agglomération de Châtellerault par exemple, la réutilisation des tissus en produits plastiques collectés par une entreprise d’insertion sociale sert la production de cintres dans une perspective d’économie circulaire.

Ces initiatives locales font cependant l’objet de plusieurs freins. A la manière des chambres de commerce et d’industrie, de plus en plus d’intercommunalités jouent un rôle d’intermédiaire et de « tiers de confiance » entre les entreprises qui - pour la plupart - n’ont pas une culture avancée du travail partenarial au niveau local. Pour des raisons de secret industriel et d’intégration verticale (ou de sous-traitance), les achats groupés et les prestataires communs sont l’exception plutôt que la règle, alors que ceux-ci sont à l’origine de prestations plus nombreuses et compétitives (déneigement, restauration, transport, etc.).

Aussi, la déconnection géographique entre décideurs et exécutants induit un fonctionnement des entreprises « en tunnel », éloigné des logiques territoriales. Face à la pression mise sur les directeurs de sites et la concurrence entre les territoires, l’EIT doit par conséquent représenter une valeur ajoutée du territoire : coût de production moindre, qualité écologique ou sociale supérieure, etc. plutôt qu’une charge ou une perte de temps : l’horizon temps d’une entreprise est au maximum de 3 ans.

Catherine Gouttefarde, directrice du développement économique, de l’emploi et du tourisme de la communauté d’agglomération de Saint Louis (Alsace) a souligné la complexité de mise en place de boucles de rétroaction entre des entreprises qui, sur un même territoire, tendent à produire les mêmes déchets. L’efficacité d’une démarche d’économie circulaire ne dépend pas que de l’échelle, mais aussi de la variété des domaines d’activité d’un territoire et de la qualité des relations entre ses acteurs. Ces relations se tissent le plus souvent à l’échelle de l’agglomération, pour des raisons sociologiques (rencontre en dehors du cadre de travail : parents d’élèves, loisirs) et pratiques (impossibilité de rencontrer l’ensemble des acteurs industriels d’une région en un an). Néanmoins, la réutilisation de certaines matières nécessite d’établir des connections à une échelle plus vaste, ce qui est rendu possible par les Territoires d’industrie, organisés pour la plupart à des échelles de bassins d’emploi en regroupant plusieurs intercommunalités.

 

Faire le choix de la reconquête des friches industrielles

La restructuration des activités industrielles dans les territoires induit l’émergence de nouvelles friches industrielles en permanence : elles représentent un flux plutôt qu’un stock. Cela demande une gestion active du foncier. Le réinvestissement des friches pourrait être placé parmi les priorités des agendas politiques dans le contexte de la mise en œuvre du principe « zéro artificialisation nette ». Ces opérations complexes soulèvent 3 défis, identifiés par Sybille Thirion, directrice du CERF Auvergne Rhône-Alpes :

  • Le premier est la transversalité et la pluridisciplinarité de l’ingénierie de projet. Il s’agit certes de définir un projet, mais surtout de mobiliser de nombreuses compétences professionnelles en la matière dès la phase de diagnostic : urbanistes, programmistes, écologues, développeurs économiques, pédologues, géotechniciens, experts en finances locales, juristes, ingénieurs, géomètres-experts…
  • Le second est l’innovation. Les techniques de dépollution actuelles sont très coûteuses et ne peuvent permettre une réhabilitation sans un effort budgétaire important de la part des pouvoirs publics. Les territoires d’industrie expriment un réel besoin d’expérimenter. Or, dans la majorité des cas, les appels d’offre demeurent très prescriptifs, et il est impossible de tester de nouvelles techniques phytosanitaires pour des raisons techniques, économiques, mais aussi juridiques (commande publique, compensations environnementales).
  • Le troisième défi est l’adaptabilité de l’action publique à la réalité des friches, qui sont plurielles (taille, localisation, pollution), mouvantes (friches des années 1990, friches futures) et à l’heure actuelle « insaisissables » par un certain nombre de fonds d’intervention, notamment européens.

A titre illustratif, le territoire d’industrie Sud Alsace, auquel appartient la communauté d’agglomération de Mulhouse, se distingue par sa forte volonté de conservation de l’identité industrielle du territoire dans les opérations de réhabilitation, qui visent à structurer un nouvel écosystème productif. Le site des anciennes fonderies mulhousiennes fait ainsi l’objet d’investissements partenariaux où émergera un accélérateur pour l’industrie du futur avec un pôle de recherche (Université d’Alsace), de formation (Maison de l’industrie-UIMM, technocentre) et d’innovation (KM0, laboratoire de fabrication) afin de pérenniser l’ADN industriel du bassin d’emploi.

Si les interventions des Etablissements publics fonciers d’Etat (EPF) concernent principalement des opérations orientées vers le logement, certains ont conduit des démarches de réinvestissement des sites industriels au long cours comme ceux du Nord-Pas-de-Calais et de la Lorraine, du fait de l’importance des reconversions industrielles dans les anciens bassins miniers et sidérurgiques. Les enjeux restent nombreux : friches de l’industrie textile, restructurations militaires complexes… Les EPF sont conduits à élargir la gamme de leurs interventions : approches commerciales, patrimoniales, écologiques... Cela interpelle les collectivités intercommunales dans le cadre des projets de territoire. Des conventions de partenariats entre EPF et intercommunalités se multiplient ainsi. Dans son rapport sur la revitalisation des friches industrielles, l’AdCF propose de mieux orienter l’action des EPF d’État et l’usage de la taxe spéciale d’équipement vers les projets de revitalisation économique. Avec la question de savoir s’il est possible ou souhaitable de programmer une mixité de fonctions à l’échelle d’un même site d’activité économique en faisant, coexister entreprises, logement, équipements publics et autres usages. L’étude conduite en 2017 par l’AdCF et le Cerema sur la maîtrise d’ouvrage intercommunale des zones d’activité montrait que 30 % des opérations de requalification de zones d’activité intégraient la mixité des fonctions par la création d’une offre de logement, la programmation d’équipements publics ou d’autres services aux entreprises et à leurs salariés (voir page 31 de l’étude).

 

Contacts AdCF : l.chevrier@adcf.asso.fr & o.crepin@adcf.asso.fr

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