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Retours d’expérience

Communauté Urbaine de Dunkerque (59) : le déconfinement a été préparé en concertant les habitants

Jean-Pierre Triquet, directeur de la communication et du numérique à la Communauté Urbaine de Dunkerque évoque avec nous la démarche de concertation mise en place par sa collectivité afin de sonder les habitants sur leurs volontés pour le déconfinement. Dès le 27 avril, un site a été créé afin de recueillir les idées des citoyens sur différents thèmes. Les premières mesures ont été mises en place dès cette semaine avec par exemple la création d’ un plan d’aide à l’acquisition d’un vélo

Comment cette démarche vous est-elle venue ?

C’est une demande de Patrice Vergriete, le président de la Communauté Urbaine de Dunkerque. Il est très attaché à la question de la démocratie locale. Pour lui, pendant cette période de crise sanitaire, nous ne devions pas perdre notre attachement à la démocratie et la participation collective. Il y a, dans l’intelligence collective, des formes de solutions pour répondre aux nécessités d’adaptation de la société. Il a donc souhaité lancer cette consultation citoyenne pour nourrir toute la réflexion de la CUD, et des villes qui la composent, sur la manière de déconfiner à partir du 11 mai.

L’idée était de valider vos théories ou d’aller chercher de nouvelles idées ?

C’était un appel à contribution. Nous étions les plus ouverts possibles. Nous voulions des idées. Les habitants pouvaient s’exprimer sur sept thématiques : s’oxygéner, faire du sport, faire son marché, aller à l’école, se divertir, se connecter et se déplacer. Puis deux autres ont été ajoutées : changer la vie, avec des propositions plus larges sur des nouvelles façons de penser, puis s’engager localement. Nous avons mis à chaque fois un petit texte qui pose le cadre puis les gens pouvaient s’exprimer librement. Nous devons avancer et inventer collectivement. .

Votre idée était de toucher quelle population ?

Notre appel à contribution était ouvert à tous. La plateforme était accessible à tout le monde et nous avons communiqué fortement sur cette opération pour inciter un maximum de personnes à s’engager. Nous avons eu plus de 2500 contributions à analyser avant le 11 mai. Nous avons pu dégager des grandes tendances et des grandes idées à mettre en place dans un premier temps. Il y a un enjeu à l’échelle de l’agglomération : avoir un dispositif le plus cohérent possible pour les habitants.

Quelles ont été les différentes étapes de la mise en place ?

Le timing a été très serré. Nous avons monté le projet en quatre jours. Nous avons commencé à travailler sur cette idée le 23 avril. Le site a été lancé le 27 avril. La concertation a eu lieu, pour sa première phase jusqu’au 03 mai. Nous avons fait un premier point d’étape la veille du 01er mai et un second le 03 mai au matin. Nous avons ensuite fait notre conférence des maires puis une conférence de presse et un facebook live de retours aux habitants le même jour en fin d’après-midi.

Comment se sont déroulés les quatre jour avant le lancement du site ?

La première étape a été de définir les thématiques sur lesquelles nous allions concerter. Nous avons rédigé les petits textes servant de cadres et d’introduction à chacune. Il s’agissait de bien montrer les enjeux sur lesquels nous travaillions. À partir de là, il nous restait à monter le site en version rapide. Nous l’avons présenté à la presse après 48h puis nous l’avons ouvert au grand public le 27 avril. Il a ensuite fallu mettre en place un grand plan de communication sur toute la semaine.

Comment avez-vous posé le cadre ?

Nous l’avons fait en travaillant avec les élus, les directions de services et les agents. Chacun a joué un rôle dans la rédaction des textes d’introduction puis dans l’analyse des propositions. Cela nous a permis de dégager très rapidement des grandes tendances. Nous avons des tableaux de suivi qui sont encore alimentés par les services. Ils regardent les actions de manière encore plus fine et étudient ce qui peut être pertinent ou non. Ils vérifient aussi les aspects juridiques et voient ce qui est envisageable sur le court et moyen long terme. Le plan d’action va se nourrir progressivement et des projets de toutes tailles vont être engagés.

Pouvez-vous nous donner un exemple concret ?

La consultation disait, par exemple, que sur les gestes barrières, il y avait un besoin d’informations au niveau des points d’eau dans l’espace public. Nous sommes donc en train de les cartographier et de regarder comment développer le maillage pour permettre aux gens de se laver facilement les mains. Certaines demandes ont aussi abouti sur des mesures immédiates. C’est le cas sur l’accompagnement à l’acquisition de vélos. Les élus ont lancé, depuis ce lundi, un dispositif pour l’achat d’un vélo neuf. Cela nous vient d’une remontée sur la place du vélo dans l’agglomération et l’envie de compléter notre dispositif de bus gratuits. Selon la taille du trajet, certains habitants souhaitaient avoir le choix entre le bus et le vélo.

Comment le site a-t-il été créé ?

Nous avons travaillé avec un prestataire. C’est une agence du territoire. Elle nous l’a développé sur un processus très simple. Le coût du site est de 9 000 euros. Ensuite, nous avons réalisé avec les équipes de la communauté urbaine l’ensemble des contenus avant des les intégrer. Nous avons demandé l’aide d’un prestataire car nous ne pouvions pas mener tous les chantiers en même temps. Le principal enjeu pour nous était de poser le cadre et de réaliser le plan de communication.

Comment s’est déroulée la partie communication ?

Nous avons essayé d’être présents sur l’ensemble des canaux. De la presse écrite à la radio. Nous avons commencé par une conférence de presse puis nous avons diffusé des spots radios sur les stations les plus présentes sur le territoire. Nous avons également mené un gros travail sur les réseaux sociaux. Nous avons mobilisé l’ensemble de nos pages Facebook sur différentes thématiques pour annoncer le début de la concertation.

Y avait-il un besoin d’expression chez les habitants ?

Nous avons senti que collectivement, nous étions à un moment où les habitants étaient en demande d’expression. Nous avions réalisé plusieurs Facebook Live. Il y avait une forte participation. Nous avions donc pu dégager des tendances et avoir des remontés sur l’envie d’échanger des citoyens. Sur les derniers nous étions tout de même à 20 000 personnes connectées sur la totalité du Facebook Live. Le terrain était donc prêt. En plus, le contexte était quand même particulier. Quand vous imposez des restrictions aux habitants pour des raisons sanitaires et que vous êtes dans une démocratie, il y a une volonté de s’exprimer qui apparaît naturellement.

Quelle a été la participation ?

Nous avons été surpris de voir les réactions dès l’ouverture du site. Aujourd’hui, mardi 12 mai, nous avons déjà eu 2 566 participants. C’est une satisfaction. Nous avons également eu des contributions par écrit. Nous avions mis des coupons de réponse dans nos insertions presse. Nous l’avons également distribué dans certains lieux ouverts.

Que retrouve-t-on sur le site internet ?

C’est très simple. Quand vous arrivez sur le site, vous tombez sur un petit texte d’introduction. Puis il y a des boutons avec les différentes rubriques de la concertation. En cliquant dessus, vous avez la possibilité de choisir entre « Je m’exprime et consulte les idées » ou « Je m’informe sur les nouvelles dispositions ». Si vous souhaitez vous exprimer, vous cliquez. Un texte d’introduction vous informe des enjeux puis vous retrouvez des exemples de contributions. Puis vous avez un formulaire pour entrer votre nom, prénom, adresse, mail et un espace pour entrer le texte de votre idée.

Pourquoi avoir fait ce choix ?

Nous n’avons pas souhaité avoir des questions fléchées. C’est vraiment un bloc texte. Nous voulions donner des idées en montrant ce qui a déjà été dit. Mais ensuite c’est une liberté de pouvoir poster son idée. Celle-ci n’a pas besoin d’être très compliquée. Par exemple, nous avons eu la réouverture de notre digue pour la promenade et la mise en place d’un double sens de circulation. Les habitants l’ont très simplement exprimé. Nous l’avons ajouté dans notre proposition au préfet de réouverture. Nous n’avons pas cherché à valider des orientations ou des décisions déjà prises. Sinon nous aurions mis à disposition des choix à cocher. Nous sommes aller chercher de l’idée pure et dure. De l’intelligence collective.

Parmi les remontés, qu’avez-vous vu de particulièrement marquant ?

Nous avons retrouvé des grandes tendances. Les thèmes « S’oxygéner » et « Faire du sport » sont dominants par rapport au reste. La rubrique « Se déplacer » est également souvent revenue pour des questions ou des suggestions précises. Ce qui m’intéresse, c’est que nous avons eu une grande diversité de propositions. Avec par moment des petites astuces et d’autres des propositions structurantes. Toutes ces propositions vont venir sur le long terme nourrir la réflexion que nous menons pour le territoire sur le long terme, au delà du déconfinement.

Comment la partie analyse s’est-elle déroulée ?

Les différents services concernés ont été sollicités. Ils nous ont fait remonter des tableaux d’analyse complets. Il y avait une hiérarchisation sur ce qui semblait possible ou impossible avec différents prismes. Nous voulions aussi une vision sur ce qui était faisable à court, moyen et long terme. Des équipes municipales et communautaires ont travaillé sur cette partie. Ils se répartissaient les thématiques en fonction des compétences de chaque collectivité.

Dupliquer le projet

Comment les résultats ont-ils été présentés ?

Nous avons eu une réunion jeudi 07 mai après-midi pour faire un point complet. Nous étions déjà à 1600 contributions. Nous voulions commencer à nourrir le plan de décision pour l’après-11mai. Il y avait le président de la communauté urbaine et les directions générales. Puis nous avons fait une restitution en conférence des maires. Puis il y a eu une conférence de presse.

Quel impact pouvez-vous mesurer pour l’instant ?

Nous avons eu plus de 2 600 participations en quelques jours. C’est une réelle satisfaction et cela va nous permettre d’avancer. C’est valable pour la CUD mais aussi pour les municipalités. Nous avons 18 villes dans l’agglomération. Il y a un travail qui a été mené sur l’ensemble des contributions pour analyser et restituer aux maires. Ensuite, sur des thématiques de vie commune, nous avons pu construire un certain nombre d’éléments de solution communs. Par moment, il y a des variantes mais globalement nous avons un socle commun de services publics. Il a été nourri par notre démarche de concertation.

Quel a été le coût de l’initiative ?

Nous avons financé la création du site internet par le prestataire. Nous avons eu un coût de 9 000 euros. Il faut y rajouter la campagne de communication presse et radio. Je ne peux pas vous donner le coût exact car ce sont des coûts négociés mais tout confondu nous n’avons pas dépassé les 16 000 euros. Ce n’est pas excessif.

La communauté urbaine est-elle une bonne échelle pour ce type de concertation ?

Oui, c’est une bonne échelle. Sur des changements de vie, vous ne pouvez pas avoir sur un territoire des niveaux de traitement différents selon les villes. Il faut donc des éléments pour nourrir les décisions collectives des élus. Nous avons la chance d’avoir une conférence des maires. Ils travaillent ensemble. Là dessus, nous avons gagné du temps car il y a une habitude de collaboration entre les équipes. Notre intercommunalité était mature pour réussir ce projet. Dans la prochaine étape, cette échelle sera également intéressante. Les villes vont venir entrer leurs informations sur les décisions prises pour l’après-11mai. Nous souhaitons qu’après un site de consultation, notre projet devienne un site d’informations sur comment vivre ensemble après le confinement.

Quels sont les conseils que vous pourriez donner à d’autres élus ?

Si on veut se lancer dans une opération de ce style, je pense qu’il faut avoir une habitude de concertation sur le territoire. Chez nous, il y a des pratiques depuis des années. La concertation avec les habitants ne se décrète pas. Ensuite, il faut bien positionner le cadre de la concertation. Il ne faut pas laisser espérer des choses qui ne sont pas réalisables. C’est important d’être précis sur les points de concertation et le pourquoi. Ici, il était aussi important pour nous de faire un retour aux habitants. Il y a déjà eu un Facebook Live mais nous allons également faire un focus dans le magazine de la communauté urbaine. C’est très important. Il faut montrer que les avis sont pris en compte et que nous nous saisissons des retours.

 

Propos recueilli par Baptiste Gapenne

 

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