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Santé et action sociale

Cellules de soutien psychologique auprès des populations : Des intercommunalités s’impliquent

Effets du confinement, maladie et deuils, articulation du télétravail avec l’école à domicile, chômage partiel des salariés, stress des entrepreneurs, risques d’endettement, fatigue des aidants... Face à cette situation très anxiogène, le soutien psychologique de la population se révèle indispensable. En complément des dispositifs nationaux qui ont été progressivement mis en place, des intercommunalités se mobilisent avec leurs communes pour agir. Les centres sociaux, partenaires des collectivités, sont également confrontés à cette problématique. AdCF évoque certaines initiatives intercommunales et donne la parole à Alain Cantarutti, délégué général de la Fédération des centres sociaux de France (FCSF).

Plusieurs services d’écoute spécialisés ont été mis en place à l’échelle nationale, à destination de l’ensemble de la population, comme le numéro vert 0800 130 000, ou bien réservé à des publics spécifiques comme le personnel soignant. Localement, de nombreuses initiatives sont prises par les communes, les acteurs associatifs, les services départementaux… Les intercommunalités contribuent aussi à cette veille

La communauté Maremne Adour Côte Sud (Landes) a répertorié l’ensemble des initiatives dont peuvent bénéficier les habitants de son territoire en les mentionnant par publics cibles : familles et jeunes, personnes âgées, personnes en situation de handicap, situations de violence, professionnels de soins, etc. MACS Escale info, maison de services au public labellisée « Bureau Information Jeunesse », « Point Info Famille » et « Point d’Accès au Droit », dispose aussi d’un service d’écoute.

D’autres intercommunalités ont également choisi de maintenir leurs services habituels en la matière. Ainsi, le lieu d’accueil enfants parents de l’agglomération de Thionville est évidemment fermé au public mais organise des temps d’écoute téléphonique. L’Espace santé prévention du Grand Chalon poursuit, dans le même sens, sa mission d’écoute notamment « auprès des aidants qui pourraient souffrir de l’isolement ».

Au sein de l’agglomération Etampois Sud-Essonne, un service d’écoute et de soutien psychologique est dorénavant réservé aux familles fréquentant les structures petite enfance de l’agglomération. La psychologue du service Petite Enfance a été missionnée trois demi-journées par semaine.

 

Plusieurs cellules de soutien psychologique ont été créées spécifiquement pour répondre à cette crise sanitaire dans certains territoires. L’agglomération de la Baie de Somme, le centre hospitalier d’Abbeville et la ville d’Abbeville ont mis en place une cellule de soutien psychologique avec les services hospitaliers et le service santé de l’agglo. La communauté du pays de Landerneau Daoulas a choisi de s’associer au CCAS pour créer « une cellule d’écoute et de solidarité ». « Ce dispositif d’écoute téléphonique a pour objectif de recenser les besoins, d’informer, d’orienter vers les dispositifs existants ou déployés spécifiquement ». Autre exemple démontrant la mobilisation de nombreux groupements dans ce domaine, le conseil de territoire du pays Salonais de la métropole Aix-Marseille, en partenariat avec la Ville de Salon-de-Provence et Salon Action Santé, propose une plate-forme téléphonique de soutien psychologique, via un numéro vert où trente-cinq psychologues se relaient du lundi au samedi midi.

Nantes Métropole et la région Pays de la Loire ont, quant à elles, décidé de co-financer des cellules de soutien psychologique spécifiquement à destination des chefs d’entreprise.

De nombreuses intercommunalités renvoient également sur leur site internet et réseaux sociaux aux dispositifs nationaux mais également plus locaux. Ainsi, Ploermel communauté, l’agglomération du Val Parisis ou Vienne Condrieu agglo rappellent les solutions développées localement par des associations ou psychologues du territoire. Le site internet de l’espace communautaire Lons Agglomération renvoie à la permanence de soutien psychologique organisée par le CHRU de Besançon.

Entretien avec Alain Cantarutti, Délégué général de la Fédération nationale des centres sociaux et socio-culturels de France (FCSF)

 

Comment les centres sociaux se mobilisent-ils dans cette crise sanitaire ?

Partout où les centres sociaux et leurs équipes bénévoles et professionnelles ont pu le faire, les centres sociaux se sont attachés à maintenir un lien social avec les habitants des territoires, en particulier les plus vulnérables. Ils se sont organisés pour pouvoir appeler et prendre des nouvelles, identifier des besoins (courses, accès à du matériel informatique, médiation numérique, écoute des familles...). Ils ont également cherché à poursuivre un certain nombre d’activités en transformant leur forme avec une diffusion en ligne (activités éducatives et de loisirs, ateliers sociolinguistiques...)

Nous sommes en train de répertorier de multiples initiatives prises par notre réseau. Une page spéciale Coronavirus est d’ailleurs consacrée à cette question sur notre site internet.

 

Quelles sont les grandes problématiques rencontrées aujourd’hui par les centres sociaux ?

90% des centres en activité accomplissent deux missions principales :

- maintenir un lien avec les personnes isolées et fragiles par des appels téléphoniques. 80% des centres sociaux agissent habituellement pour favoriser le lien social des aînés. Il s’agit donc de l’une de nos premières priorités ;
- proposer un soutien administratif avec l’accès au droit par exemple, un soutien numérique, des activités pour les enfants, etc.

Dans le contexte actuel, beaucoup de ces prises de contact se font par téléphone ou internet. Toutefois, les autres actions portent sur l’aide que nous pouvons apporter à la population pour s’organiser par quartier. Parmi les centres en activité, 40% doivent physiquement entrer en contact avec des malades potentiels, pour la garde d’enfants du personnel médical ou le portage de repas à domicile par exemple. Ceci a posé et pose la question de la sécurité sanitaire de nos équipes, qui ont tenu à poursuivre ce soutien aux habitants ?

Sur le terrain, de nombreuses associations fonctionnaient avec des bénévoles âgés. Aujourd’hui, les centres sociaux viennent également en soutien, voire en substitution provisoire pour remettre ces actions en marche (banques alimentaires, épiceries sociales, etc.).

 

Quelles actions sont menées par les centres en direction des familles ?

Le soutien familial est également l’une compétence historique des centres sociaux. Certaines familles sont, en ce moment, en grande difficulté et nous organisons le soutien aux parents et de l’aide aux devoirs par internet. Ces activités étaient déjà fréquentes mais maintenant elles se déclinent à distance.

Ces actions divergent bien sûr en fonction des moyens humains et matériels dont disposent les centres. Nos animateurs sont souvent jeunes et doivent garder leurs enfants. Le taux d’absentéisme est plus élevé que d’habitude. D’autres animateurs ne sont pas habitués à utiliser les outils numériques et favorisent donc les appels téléphoniques. Dans ce contexte très instable, une chose est certaine : si l’Education nationale souhaite entretenir les acquis des enfants, nous pourrons sans doute y arriver mais si l’objectif est de faire l’école à la maison pour acquérir de nouvelles compétences, cela accroîtra très fortement les inégalités. C’est pourquoi, dans nos accompagnements aux familles et nos échanges avec l’edcuation nationale, nous essayons de faire retomber cette pression qui s’exerce sur les familles.

Durant les premières semaines de confinement, nous n’avions pas de témoignages en ce qui concerne les violences conjugales. Cette fois-ci, nous y sommes. Les directeurs de centres ont des alertes dans les rapports de phoning et d’échanges de mails. Ce qui était une question se transforme en témoignages.

Nous sommes aussi présents auprès des familles et des jeunes en particulier pour que le confinement soit respecté, même si celui-ci est encore plus difficile pour des familles aux logements exigus notamment.

 

A quels enjeux sont confrontés les centres sociaux ?

Nous en avons identifié deux principaux. Le premier porte sur la coordination des initiatives de chacun dans les territoires. Actuellement, tout le monde lance beaucoup d’actions et nous pourrions, involontairement, nous retrouver en concurrence les uns avec les autres.

Nous avons également besoin d’identifier sur le territoire des forces vives qui disposent de compétences complémentaires aux nôtres. Notre travail porte sur l’animation sociale, la création de lien social, pas le soutien psychologique et l’accompagnement individuel. Nous devons pouvoir nous appuyer sur des partenaires formés pour la prise en charge psychologique. Nos directeurs nous font, par exemple, remonter que les personnes âgées abordent plus fréquemment la question du suicide, même s’ils ne sont pas malades.

 

Cette période met enfin en exergue des inégalités subies par les personnes et familles les plus fragiles : inégalités éducative, numérique, de santé, de logement... Nos actions solidaires en ce moment sont utiles, mais elles ne doivent pas masquer l’enjeu collectif que nous avons, demain, à repenser en profondeur des politiques publiques qui permettent d’agir en profondeur sur ces inégalités.

 

Propos recueillis le 2 avril 2020 par Floriane Boulay.

 

 

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