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Retours d’expérience

Bassin de Pompey (54) : « De nombreux porteurs de projets ont besoin d’un espace pour expérimenter et créer »

Laurent Trogrlic est le président de la communauté de communes du Bassin de Pompey. Pour la série « Au cœur de la relance », il nous détaille le projet de Campus d’innovation-formation en développement sur le territoire. Implanté au sein d’une zone industrielle déjà existante (Eiffel Energie), il aura pour but d’être un lieu de création et d’expérimentation. Les formations seront aussi très présentes. Ce projet s’inscrit pleinement dans le plan de relance, tant au niveau des transitions que des financements.

Entretien réalisé le 03 mai 2021

 

- La mise en place du projet -

Quel est la genèse de ce campus d’innovation ? 

Ce projet part d’une réflexion pour trouver des réponses sur l’organisation de la zone d’activité Eiffel Energie sur le Bassin de Pompey. C’est l’ancien site des aciéries de Pompey, à l’origine de l’armature de la tour Eiffel et de la statue de la Liberté. Il s’est reconverti à la fin des années 80 pour retrouver une diversité d’acteurs et de secteurs d’activités. Il contribue à l’essor économique du territoire qui compte 30% d’emplois liés à l‘activité industrielle productive. Nous sommes passés des aciers spéciaux à la production de molécules à usage pharmaceutiques et alimentaires. Il y a toujours des entreprises dans la métallurgie classique. Il y a une diversité d’acteurs et de porteurs de projets qui permettent de faire émerger un projet de cette ampleur. 

 

Quels besoins ont les entreprises sur votre territoire ?

Quand nous travaillons avec les chefs d’entreprises, nous nous rendons compte qu’il y a des besoins liés à la formation. Elle doit être plutôt souple, et spécifique au besoin de l’entreprise, à son évolution et à ses réorganisations. Il y a besoin d’un lien plus étroit entre recherche, entreprise et innovation. De nombreux porteurs de projets ont besoin d’un espace pour expérimenter et créer. Ces acteurs ont besoin d’un même site économique qui fasse réseau. À partir de là, nous nous sommes demandé comment contribuer à implanter un espace qui serait celui de ces possibles-là. 

 

Où allez-vous installer ce projet ?

Nous avons actuellement un espace qui est l’ancien site du centre de recherche des aciéries de Pompey. Il accueille déjà l’Afpa (Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes) avec des formations structurantes, notamment en informatique. Les locaux, propriété de la communauté de communes, sont accessibles pour les porteurs de projets de la pépinière d’entreprise, la CAREP. Il y a de petites PME et des entreprises innovantes dans différents domaines. Cet espace pourrait porter ce projet. Il est situé en entrée de zone, à la confluence de la Meurthe et de la Moselle. Le foncier peut être réaménagé.

 

Quels acteurs sollicitez-vous pour développer cette réflexion ?

En début d’année dernière, nous avons visité, avec un groupe d’élus et des services, The Camps à Aix en Provence, qui a aussi développé un concept un peu particulier permettant la formation, l’innovation, le réseau, dans un site très agréable. Modestement, à notre niveau, nous essayons de construire avec nos partenaires un espace qui réponde au besoin du territoire et de son évolution. Nous travaillons depuis quelques mois avec l’Université de Lorraine. Elle nous accompagne dans cette réflexion en essayant de nous aider à animer une démarche sous forme d’ateliers, pour préfigurer et construire ce projet à venir. 

 

Comment se déroule ces ateliers ?

Deux ont déjà eu lieu. Le premier était avec le comité stratégique : les vice-présidents, des élus de l’intercommunalité issus du conseil communautaire, les maires. Ils réfléchissent aux stratégies à proposer au territoire. Nous avons eu la même logique en atelier avec des acteurs économiques du territoire : chefs d’entreprises, de centre de formation, de service, etc. Animé par Claudine Guidat, professeure émérite à l’Université de Lorraine, l’exercice a été très porteur. En découvrant la démarche, ils ont été force de proposition. J’ai bien aimé une définition qui est ressortie : « le lieu de tous les possibles ». Nous avons également au sein des services un chargé de mission en contrat Cifre, qui est un peu la cheville ouvrière de cette réflexion et de ce portage. Nous avons donc déjà une idée de ce que pourrait représenter ce campus. 

 

Qu’est-ce qui a été mis en place plus tôt pour permettre aisément l’installation de ce campus ?

Il a quelques années, nous avions réfléchi avec le CNAM (Établissement public de formation professionnelle supérieure, recherche appliquée et culture scientifique et technique) au sujet de formations innovantes au niveau des technologies et des services liés à l’autonomie, qui pourraient être portés par le Bassin de Pompey. Nous avons des entreprises qui travaillent en ce sens et nous souhaitions développer cet aspect avec, éventuellement, la création d’un master. Il y avait aussi une réflexion au niveau de la logistique au sens large. Pas uniquement les transports, nous voyons bien que de nombreuses entreprises se réorganisent dans leur logistique interne pour améliorer leur process, leur rentabilité. Il y a de nouvelles perspectives. Aussi, nous voyons toutes les pépites qui font jour au sein de la création d’entreprise au travers de la pépinière, issue du Bassin de Pompey, qui aujourd’hui a un impact plus large sur le territoire Lorrain dans son développement. Dès le départ, elle a eu la spécificité d’être confiée à un chef d’entreprise. C’est une structure privée, gérée comme une entreprise. Aujourd’hui, elle a cumulé du patrimoine immobilier. En lien très proche avec la collectivité, elle a su apporter une dynamique forte. Je donne souvent en exemple un des derniers lotissements d’entreprises que nous avons réalisé avec une vingtaine de PME, dont 60% sont issues de la pépinière. 

 

La pépinière sera-t-elle un outil complémentaire au développement du campus ? 

La pépinière sera partie prenante du campus. Elle sera un des moteurs et participera à l’animation. Car au-delà de cette volonté d’avoir un lieu stratégique qui rassemble et offre des espaces pour accueillir des moments culturels au sein d’une zone d’activité économique, ce lieu doit être animé. Il va fourmiller d’idées, de projets, et bien entendu nous serons en capacité de le permettre. 

 

 

- Le projet du territoire -

Quel sera le fonctionnement concret du campus d’innovation ?

Ce sera un vrai lieu de vie pour créer et expérimenter. Pour cela, il y aura un Fablab, mais aussi un centre d’affaire. Nous avons aussi un restaurant inter-entreprises que nous réfléchissons à délocaliser sur ce lieu pour compléter. Nous intégrerons également des formations courtes et des services aux entreprises. Nous devons être en capacité de coordonner ces acteurs et de leur proposer un espace de vie spécifique. Il y a pleins d’idées. 

 

Quelle échéance avez-vous donné à ce projet ?

Nous souhaitons que d’ici la fin de l’année cette réflexion permette de porter un projet opérationnel, qui s’inscrive d’ici 2022/2023. Aujourd’hui, nous avons le foncier et les acteurs. Le tout, c’est de trouver les modalités pour développer ce projet. Quand nous l’évoquons, nous voyons bien que ça éveille de l’intérêt chez de nombreux partenaires. Nous avons aussi la chance que notre zone économique soit bien desservie par l’autoroute et le ferroviaire. Nous sommes à 10 minutes du centre de Nancy. 

 

Comment liez-vous l’écologie à ce projet ?

Nous avons la chance d’avoir une zone économique qui s‘est reconstruite en s’appuyant sur son environnement naturel. Elle est en fond de vallée, traversée par la Meurthe et la Moselle, avec du transport fluvial. La zone est traversée par une piste cyclable, une voie verte, des espaces piétons. Mais comme les entreprises le soulignent, c’est rare de voir le weekend des gens se promener dans une zone économique. Donc nous avons très vite porté la démarche à l’échelle de la collectivité. Avec l’aide en ingénierie des entreprises, nous avons eu une certification ISO 14001 en termes de gestion environnementale d’une zone économique. Aujourd’hui, nous en avons d’autres comme Cit’ergie. Quand les entreprises ont besoin de certifications sur leurs produits, leur process, c’est du marketing. Une plus-value dans le cadre des produits qu’ils commercialisent. Nous pensons également qu’en marketing, avoir une certification à l’échelle de la zone, c’est montrer qu’il y a une dynamique commune entre le développement économique et territorial. 

 

Que vous a apporté le programme Territoires d’industrie ? 

Il nous permet d’avoir des liens avec la Banque des territoires et un certain nombre de partenaires. Il permet aussi de continuer le lien qui existe entre un territoire et ses entreprises. Nous répondons également à des fiches actions qui ont été intégrées dans le cadre de Territoires d’industrie, et une en particulier sur la formation et la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Ce sont des éléments importants. Comment continuons-nous à accompagner le développement des entreprises quel que soit leur taille ? Et faire en sorte qu’elles apportent de la production et de l’industrie ? La zone économique regroupe plus de 5 000 salariés avec des entreprises diverses et des logiques nouvelles. 

 

Comment le projet s’intègre dans le plan de relance ?

Nous souhaitons l’intégrer pleinement. Nous sommes sur plusieurs objectifs liés au plan de relance. J’ai souvent évoqué que ce mandat allait être un mandat de transition écologique, environnementale et économique. Sur des politiques de l’État, nous voyons souvent revenir cette notion de Transition. Notre projet s’intègre dans cette logique. Aussi, nous avons la volonté de l’engager rapidement pour bénéficier des financements liés à la relance. 

 

Concernant le Contrat de relance et de transition écologique (CRTE), comment se met-il en place sur votre territoire ?

Nous allons le faire à une échelle plus large que le territoire du Bassin de Pompey. Ce sera au niveau du Territoire du Val de Lorraine, porté par un PETR. Nous avons la particularité en Grand-Est d’avoir un Pacte territorial de relance et de transition écologique, un PTRTE. Il sera signé conjointement par l’État, la région Grand Est (territoire expérimental sur cette co-contractualisation) et le département de Meurthe-et-Moselle. Nous sommes en train d’y travailler. C’est tout le territoire entre les portes de la métropole de Nancy et celle de Metz. Une partie de ce territoire est sur les deux départements avec la communauté de communes de Mad et Moselle. C’est déjà à cette échelle que nous portons le Pacte Offensive Croissance Emploi mais aussi Territoires d’industrie ou encore le contrat de ruralité. Nous avons l’habitude de travailler depuis de nombreuses années cette démarche de travail conjoint à cette échelle. Nous avons des logiques communes liées à un passé, une économie industrielle et des bassins plus ruraux. Cela constitue un papillon avec deux bassins industriels (Bassin de Pont-à-Mousson et de Pompey), qui font la colonne et le corps du papillon et des territoires ruraux qui font les ailes. Il y a une interaction forte entre ces territoires depuis très longtemps. 

 

 

- Les éléments à retenir - 

Avez-vous réalisé une estimation du coût du projet et programmé des financements ? 

C’est compliqué d’avoir un coût maintenant. Mais je ne me fais pas trop de souci sur le financement. Des partenariats public/privé peuvent se mettre en place. Pour l’instant, nous sommes propriétaires du bâtiment existant donc c’est un premier pas non négligeable dans le financement à venir. Il y a aussi les possibilités de subventions dans le cadre du plan de relance et dans d’autres démarches. Pour avoir échangé avec la Caisse des dépôts et plus particulièrement la Banque des territoires, ils accompagnent ce genre de projet. Nous trouverons les modalités. En sachant que nous avons la chance, en tant qu’associé du Pôle métropolitain du Sillon Lorrain, de pouvoir bénéficier de l’accompagnement des démarches French Tech et d’être dans un réseau plus large à l’échelle du Pôle métropolitain.

 

Avez-vous rencontré des difficultés particulières ? 

Au contraire, dès que nous parlons de ce projet, il éveille beaucoup d’attention, d’intérêt. Lors de l’atelier, de nombreux chefs d’entreprises, y compris certains qui étaient là depuis peu et qui venaient de l’extérieur, étaient impliqués. Nous avons l’habitude de travailler depuis de nombreuses années avec l’association Val de Lorraine Entreprendre sur de nombreux sujets : des plans de déplacements inter-entreprises, des certifications, Territoires d’industrie, un projet d’écologie industrielle territorial. Nous trouvons toujours des relais et un accueil très favorable des projets proposés par la collectivité. Ce projet intéresse les porteurs de formation et les entreprises. Si nous l’avons engagé c’est bien parce que dans nos échanges avec nos partenaires, nous avions identifié qu’un projet comme celui-là serait une réponse à de nombreuses attentes. 

 

Comment voyez-vous l’avenir pour ce campus ?

C’est un projet de co-construction. Même si la démarche est initiée avec la collectivité et l’université, il ne pourra voir le jour que si nous sommes sur un projet partagé, co-construit et avec un partenariat aussi large que possible. Les premiers pas sont plutôt enclins à nous rassurer et à considérer que nous sommes dans la bonne démarche.

 
 

 

"Au cœur de la relance" est une série de l'AdCF en partenariat avec Territoires-audacieux.fr destinée à valoriser les initiatives des intercommunalités dans le cadre de la relance, à les accompagner : interviews de président.e.s d'intercommunalités, questions/réponses techniques, échange avec une personnalité qualifiée, ...

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Contacts :

- AdCF : Sandrine GuiradoYoann JacquetFloriane Boulay

Territoires-audacieux.fr : Baptiste GapenneLéa Tramontin

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