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Transports et mobilité

Au cœur de la crise sanitaire L’importance de la deuxième ligne

Alors que la prolongation de la période de confinement se confirme et que se dessinent des échéances différenciées de dé-confinement, les intercommunalités continuent d’œuvrer à la continuité des services publics essentiels, à soutenir le système de soins, à renforcer les solidarités locales. La nouvelle ordonnance clarifie les modalités de délibération dans les communes et intercommunalités en phase de crise et va permettre de préciser des mesures d’urgence, notamment des décisions annoncées pour soutenir les activités économiques et les associations.

Très attendue à la suite de la loi d’urgence, l’ordonnance relative aux modes de délibération durant la phase transitoire est parue le 1er avril et aménage notamment les possibilités de délibérer à distance et de définir les délégations (cf. article de notre édition). D’autres ordonnances sont en préparation.

Alors que se confirme de jour en jour l’étirement de la période de confinement et que s’accroît la probabilité d’un report du deuxième tour des élections à l’automne (voire au-delà), ce qui entrainerait dans les communes concernées de procéder également à un nouveau premier tour, les collectivités font face du mieux qu’elles peuvent à la crise. Elus, personnels soignants, agents publics, acteurs associatifs, commerçants, industriels, producteurs, livreurs, chauffeurs… inventent chaque jour des solutions pour s’adapter à la situation. Apprentissage accéléré du télétravail, mobilisation active des réseaux sociaux, innovations sociales, gestes de solidarité, constitution de collectifs d’entraide… témoignent d’une réactivité remarquable de très nombreux acteurs dans tous les domaines, pour trouver des solutions au jour le jour.

Priorité absolue aux soins

Partout en France, la priorité est donnée aux professionnels de santé directement mobilisés sur le traitement des patients atteints par le Covid19. Dons de masques et de tenues de protection se multiplient, apports de repas, messages de soutiens, applaudissements du soir, aides matérielles (transports, lieux de repos…) caractérisent la France entière. Nombre de villes et d’intercommunalités, comme des autres collectivités, démultiplient les efforts pour soutenir les établissements hospitaliers (cf. article de cette édition).

En quelques jours depuis la fin mars, la priorité a été de réorienter certains flux de patients. Se sont multipliés les centres médicaux avancés pour désengorger les hôpitaux, créer des lieux de consultation sécurisés pour les patients atteints du COVID ou qui le suspectent.

De Rodez à Pontivy, de Brest à Thionville, de L’Ile Rousse à Annecy… ces centres avancés ont souvent été déployés à l’initiative des médecins et professions de santé, mobilisant la communauté professionnelle et territoriale de santé (CPTS) quand elle existe, les groupements hospitaliers de territoires (GHT), les maisons de santé, les réseaux de soins… La crise révèle au plus loin point l’importance majeure des collectifs de travail pluridisciplinaires qui se sont organisés depuis plusieurs années dans les territoires pour rapprocher hôpitaux et médecine de ville, acteurs public et privé. Des soutiens logistiques quotidiens sont apportés par des personnels non-soignants. Des parlementaires médecins reprennent leur activité antérieure. Des médecins retraités viennent en renfort. Des étudiants aident aux tâches logistiques.

L’autre actualité majeure du champ médico-social des derniers jours est la situation critique des EHPAD, malheureusement pour beaucoup très affectés par le Covid-19 et les décès en nombre de résidents. Les difficultés matérielles et psychologiques dues au confinement sont très élevées tant pour les personnes âgées que pour les personnels. Là encore, une mobilisation exceptionnelle se fait jour pour les soutenir, dans la limite de ce qu’autorisent les consignes drastiques de confinement. Nombreux sont les dons de matériel : masques, blouses, gel… pour réduire la circulation du virus.

Protéger et consolider la « deuxième ligne »

A la suite des propos du chef de l’Etat, ce sont en outre les services publics et para-publics de la « deuxième ligne » qui ont commencé à attirer l’attention des populations et des médias au bout de la première quinzaine, que ce soit les agents chargés de la collecte des déchets, les chauffeurs de bus et de cars, les équipes des CCAS ou CIAS qui continuent les services à domicile et les aides aux plus fragiles, les personnels en charge de la garde d’enfants.

La deuxième ligne est aussi constituée des métiers essentiels à l’approvisionnement du pays : chauffeurs, livreurs, commerçants, ambulanciers… Des témoignages de reconnaissance s’expriment à leur endroit en de nombreux lieux. Des solutions sont progressivement apportées pour leur permettre d’exercer leur métier dans des conditions décentes, notamment les chauffeurs qui n’avaient plus accès sur les routes et autoroutes à des toilettes, des lieux de restauration.

Information des habitants, hommage rendus aux agents, nouveaux modes d’organisation

Progressivement, les intercommunalités ont de leur côté réorganisé leurs services et leur manière de fonctionner avec les communes, pour tenir compte des consignes ou recommandations nationales, tout en transmettant les informations nécessaires aux habitants ou aux acteurs économiques.

Nombre de sites internet, de communiqués de presse ou de déclarations soulignent l’engagement exceptionnel des agents des communes et intercommunalités, des CCAS/CIAS et des partenaires (associations, entreprises délégataires…) qui répondent à la situation d’urgence. La communauté d’agglomération de Béziers rend ainsi hommage à ses agents mais aussi au tissu des commerçants. La communauté de communes du Cap Corse salue tout particulièrement ses agents de collecte des déchets. La communauté du Carmausin Ségala (Tarn), comme d’autres, rappelle les gestes à respecter pour protéger au mieux les agents et réduire les risques de contamination tout en précisant : « Ces derniers jours, les agents de collecte trouvent des petits mots de remerciement sur les conteneurs. Merci de votre soutien ».

Les consignes relatives au confinement mais aussi celles portant sur les gestes barrière ou sur les attitudes civiques et responsables à adopter en période de crise se multiplient sur les sites internet et dans les communications. Pour la limitation des sorties « récréatives » du domicile, certaines intercommunalités comme la communauté du pays de Grasse proposent un calculateur de distance (rayon d’un km autour du domicile)

Au terme d’une quinzaine de jours de confinement, des premiers bilans sont dressés. L’organisation en télétravail, souvent nouvelle, s’est mise en place avec de nouveaux outils et manières de procéder. La communauté d’agglomération du Grand Narbonne a réalisé deux documents très didactiques et très bien faits dont l’AdCF recommande la consultation :

  • un document de bonnes pratiques et de recommandations pour le télétravail (télécharger ici)
  • ainsi qu’un tableau de bord (au 27 mars) de la situation de la communauté au regard de la situation de ses agents, de la continuité d’activité des services, des dépenses engagées et économies réalisées en raison de la crise, des recettes tarifaires perdues (télécharger ici)

Nombre de messages d’appel au civisme, de respect des bonnes pratiques et des recommandations… sont diffusés sur les sites internet et dans les communiqués. La communauté de communes du pays jovinien, dans l’Yonne, a réalisé une Foire aux questions (FAQ) pour répondre de manière précise aux interrogations récurrentes des usagers.

Comme beaucoup d’autres intercommunalités, Metz métropole attire l’attention des habitants sur la nécessité de stocker à domicile les déchets qui peuvent l’être, en limitant la surcharge des points d’apport volontaire ou des bacs d’OMR. Le maire et président de la communauté d’agglomération de Thionville a réalisé une vidéo pour expliquer l’action de la communauté en période de crise, saluer les agents mobilisés dans un contexte exceptionnel, inviter au civisme. Toujours dans le Grand Est, la communauté de Sarreguemines Bitche explique point par point les mesures prises par l’intercommunalité depuis le début de la crise et les priorités de l’action publique.

Adaptation en continu des services publics essentiels

Les plans de continuité d’activité (PCA) se sont progressivement actualisés, en s’efforçant de demeurer pragmatiques, pour s’adapter à une situation évolutive.

En matière de déchets, les flux sont essentiellement ceux issus des domiciles en raison du confinement, au détriment d’autres flux habituels (restauration, entreprises…). Certaines fréquences de collecte sont revues, l’effort principal étant porté sur les OMR. Certaines intercommunalités ont maintenu la collecte sélective ou ont choisi de la réintroduire, une fois assurées les mesures de prévention. Les gestes de distanciation conduisent à limiter le nombre de personnes par camion, ce qui conduit à des tournées plus longues, mais certaines compensations viennent de la fluidité du trafic (en secteur urbain dense).

En matière d’eau et d’assainissement, les priorités sont assurées sur les services essentiels. Nombre d’intercommunalités rassurent les populations sur la qualité de l’eau et s’efforcent d’encourager à la consommation de l’eau du robinet pour réduire les achats de bouteille en plastique. Les relevés de compteurs sont en revanche reportés.

Au niveau national, les groupes de contact avec l’ensemble des ministères concernées et les entreprises de la filière continuent de travailler aux recommandations s’appliquant à ces services et à exercer une veille sur les difficultés rencontrées (cf. article sur continuité des services).

Transports, mobilités : maintenir des services

Dans le domaine des transports publics, nombre d’autorités organisatrices de la mobilité ont préservé un service minimum avec les consignes de sécurité : entrée par l’arrière des bus pour maintenir la distanciation physique avec les conducteurs, suspension de la vente de ticket, désinfection du matériel roulant, conformément à l’article 6 du décret n° 2020-293 du 23 mars 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire. Elles ont souvent redéfini les lignes prioritaires ou les cadencements. Certains horaires spéciaux sont réservés pour les personnels soignants. Des alternatives aux réseaux fixes sont assurées par des transports à la demande (voir encadré plus bas sur la communauté urbaine du Havre).

Dans l’agglomération de Sarreguemines Pays de Bitche, le service des transports urbains a été maintenu intégralement dans un premier temps, puis s’est adapté aux besoins des usagers utilisant encore les transports en commun, tout en évitant d’exposer inutilement les conducteurs. Le service sera gratuit tout au long de la crise sanitaire explique la communauté. Sa priorité est d’apporter une solution aux salariés mobilisés, aux personnes devant se rendre à des consultations médicales ou faire leurs courses, ainsi qu’aux élèves encore accueillis.

Un zoom sur un dispositif de transport à la demande pour le personnel soignant : SOLIDARITE entre les services publics de la Communauté urbaine du Havre

Depuis vendredi 20 mars, les personnels du réseau LiA, le service de transport public de la Communauté urbaine Le Havre Seine Métropole se sont organisés pour offrir aux personnels soignants une mise à disposition gratuite et sur mesure de leur service de transport à la demande MobiFil.

Ainsi le service est assuré de façon personnalisée entre le lieu de travail et le domicile par des minibus ou taxis identifiables par la marque du dispositif classique MobiFil. La réservation s’effectue par téléphone de 7h à 17h du lundi au vendredi et de 8h à 16h le samedi pour un service de transport assuré en continu, 24h/24 et 7j/7.

L’ensemble de la sphère socio-médicale et des personnels indispensables à la gestion de la crise sanitaire y ont accès, sur présentation de leur carte professionnelle de santé (CPS) ou, le cas échéant, d’une fiche de paie indiquant le nom de l’établissement employeur :

  • tout personnel travaillant en établissements de santé publics/privés : hôpitaux, cliniques, soins de suite et de réadaptation (SSR), hospitalisation à domicile (HAD), centres de santé…
  • tout personnel travaillant en établissements médico-sociaux pour personnes âgées et personnes handicapées : maisons de retraite, établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), unités de soins longue durée (USLD), foyers autonomie, instituts médico-éducatifs (IME), maisons d'accueil spécialisées (MAS), foyers d'accueil médicalisé (FAM), services de soins infirmiers à domicile (SSIAD)…
  • les professionnels de santé et médico-sociaux de ville : médecins, infirmiers, pharmaciens, sages-femmes, aides-soignants, transporteurs sanitaires, biologistes, auxiliaires de vie pour personnes âgées et handicapées…
  • les personnels chargés de la gestion de l’épidémie dans les agences régionales de santé (ARS) et les préfectures, et ceux affectés à l’équipe nationale de gestion de la crise.

Ce service est effectué dans les règles strictes d’hygiène et de sécurité pour les conducteurs et leurs passagers.

Réactivité, fluidité, souplesse, confiance et bienveillance sont les maîtres mots qui guident l’action commune pour assurer les services vitaux essentiels. Les services concernés par ces mesures expriment leur reconnaissance et saluent le dévouement des conducteurs.

 

En région Auvergne Rhône-Alpes, la métropole de Clermont-Ferrand a réduit son offre à environ 30% de la normale. L’accès au transport en commun T2C est gratuit depuis le 25 mars Le transport à la demande pour les personnes à mobilité réduite est maintenue autant que possible. Dans la communauté d’agglomération de Thonon-les-Bains, toutes les lignes et services continuent à fonctionner normalement, explique la communauté. Certains personnels ayant fait valoir leur droit de retrait, les mesures barrière ont été prises (vente de titres de transport à bord des cars suspendue jusqu’à nouvel ordre, montée par les portes arrière rendue obligatoire..). La communauté du pays voironnais a réorganisé ses lignes de transport, et maintenu son dispositif d’autopartage.

 La gratuité est également le choix fait par la communauté d’agglomération du Puy-en-Velay. La Communauté des Portes de l’Isère a restreint la gratuité aux personnels soignants et aux salariés des EHPAD.

Les communautés de communes disposant de réseaux de transport ont également maintenu une offre, mais beaucoup constatent une faible fréquentation. C’est le cas de la communauté du Pays de Pont-à-Mousson qui a maintenu ses lignes au départ mais a décidé la réduction du service. Dans nombre de territoires, l’offre du transport à la demande prend le relais.

Le président de l'UTP écrit à Jean-Luc Rigaut

Thierry Mallet, président de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), fédération qui rassemble les entreprises de la filière, a écrit au président de l’AdCF le 3 avril pour faire état d’analyses plutôt convergentes avec celles de l’AdCF tout en attirant l’attention des autorités organisatrices sur les incidences de la crise à moyen terme (trafic, fréquentation, recettes tarifaires et fiscales…) et les incertitudes des conditions de reprise. Une note de l’UTP à l’attention des autorités organisatrices fait le point sur la situation et les sensibilise aux questions qui se poseront à la sortie de crise dans les relations contractuelles.

Retrouver la note de l'UTP

 

Solidarités, cohésion sociale : s’organiser pour tenir dans la durée

La prolongation du confinement et les incertitudes qu’il engendre vont certainement accentuer les problèmes sociaux : isolement, violences intra-familiales, troubles psychologiques… Les agents des services publics et des intervenants associatifs auront besoin eux aussi de renfort pour faire face aux besoins. Les solidarités inter-services ont d’ores et déjà massivement joué dans la première phase de crise. Mais nombre d’intercommunalités en appellent aux bonnes volontés pour s’impliquer dans les actions d’entraide et de solidarité. Dans les communautés du Grand Poitiers comme du Grand Annecy, de même que dans la métropole d’Orléans, mais aussi dans plusieurs communautés de communes, des plateformes ont été constituées pour recruter des bénévoles et recenser les besoins auprès des associations, des services publics. La communauté de communes du Clunisois, en Bourgogne-Franche-Comté a constitué une liste des personnes potentiellement « aidantes » prêtes à intervenir en complément des initiatives locales auprès des personnes isolées ou non informées des solidarités locales qui se mettent en place dans les villages ou les quartiers de Cluny.

Le lancement de la plateforme nationale de la réserve civique Covid-19 peut être l’occasion d’articuler cet outil national, sur lequel 200 000 volontaires s’étaient déjà inscrits le 30 mars, avec des plateformes locales plus adaptées pour cartographier les besoins.

Contact AdCF: n.portier@adcf.asso.fr

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